le quotidien

le quotidien : la fraude dans le métro

Karambolage 192 - 6 décembre 2009

 

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Moi qui suis une grande utilisatrice du métro parisien et du métro berlinois, je trouve très intéressant d’observer les fraudeurs des deux pays, tout comme d’ailleurs le système mis en place pour traquer ces fameux fraudeurs. Laissez-moi vous guider dans les souterrains de Paris et de Berlin…

A Paris, prendre le métro sans ticket semble être un exercice sportif qui se pratique souvent avec la solidarité d’autres voyageurs. Voilà comment ça se passe : L’entrée du métro parisien est gardée par un tourniquet dans lequel il faut glisser son ticket pour pouvoir passer. Si le fraudeur est sportif, il peut sauter par dessus le tourniquet, au risque de se faire repérer par l’agent derrière le guichet. Mais puisqu’il est sportif, il sait qu’il court plus vite que le guichetier. Ceux qui sont moins agiles ou qui ne veulent pas attirer l’attention préfèrent se glisser dans le tourniquet avec un autre voyageur. Dans le meilleur des cas, cette coopération frauduleuse se scelle par contact visuel, ou par un petit "J’peux ?". C’est physique, les deux corps se touchent forcément dans l’espace restreint entre les deux barres en acier, mais c’est une pratique assez courante qui semble d’ailleurs parfois ne pas plaire uniquement au fraudeur. Autre possibilité : entrer par les portes de sortie. La sortie est fermée par des portes automatiques qui s’ouvrent uniquement si on marche sur le tapis juste devant, côté intérieur du métro. Je ne sais pas trop si c’est par solidarité ou par pitié mais les Parisiens se livrent de bonne grâce à ce manège. Mais une fois rentré dans l’enceinte du métro, le fraudeur n’est pas au bout de ses peines : il est possible que des contrôleurs l’attendent juste un peu plus loin avec leurs uniformes verts, leurs cravates rayées et leur étonnante nonchalance. Ils se mettent carrément à dix pour boucher tout un couloir du métro parisien. Difficile de leur échapper.

En Allemagne, l’exercice de la fraude est moins physique et plus solitaire. Pas besoin de se faire aider par d’autres voyageurs : l’accès au métro est libre. Pas de tourniquet. Pas de barrière. Personne ne vous demande rien. Vous êtes seul avec votre conscience. Mais attention, à n’importe quel moment du voyage trois ou quatre personnes complètement anodines, hommes, femmes, jeunes, vieux, moustachus ou permanentées mais surtout sans aucun uniforme peuvent entrer dans la rame en énonçant ce mot terrible qui fera tripler le taux d’adrénaline même chez les passager muni d’un titre de transport : Fahrscheinkontrolle, bitte. Ces contrôleurs en civil bouchent simultanément les trois portes de la rame et le piège se referme sur le fraudeur. Le fraudeur allemand a donc tendance à voyager dans la première rame du train pour avoir le plus de temps possible pour observer le quai à chaque entrée de station. S’il repère des personnages douteux, il descend en catastrophe. Il me semble que, ces derniers temps, pour induire le fraudeur en erreur, les compagnies de métro allemandes recrutent des contrôleurs au look plus fantaisiste et plus inattendu. Des méthodes de plus en plus sournoises, un drôle de jeu de cache-cache auquel l’autorité se livre avec vous.

Personnellement, j’ai une petite tendance à préférer le système français. On ne fait pas confiance à l’usager et la répression s’affiche ouvertement, au moins c’est clair. Mais, il y a quand même des similitudes : que ce soit à Paris ou à Berlin, si on vous attrape, il vous en coûtera 40 Euros.

 

Texte : Nikola Obermann

Image : Joris Clerté


 

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