le lieu

le lieu : le "Schrebergarten"

Karambolage 128 - 21 octobre 2007

 

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Lorsqu’on voyage en train en Allemagne, on les voit partout à l’approche des grandes villes: les "Schrebergärten". Des petits jardins clôturés, collés les uns aux autres, et parcourus par de petits chemins. "Mais ça existe aussi chez nous", objectent les Français, "nous avons nos jardins ouvriers". C’est vrai, en 1896, l’honorable abbé Jules Lemire, mit à la disposition des ouvriers des parcelles pour cultiver les légumes nécessaires à leur consommation.

 


Et aujourd’hui, l’œuvre sociale se poursuit sous le nom de "jardins familiaux" en donnant aux citadins le bonheur du contact avec la nature. Mais en Allemagne, le phénomène a une tout autre ampleur. Les "Schrebergärten" couvrent 46 OOO hectares et compte un million de jardinets individuels ! Pourquoi s’appellent-ils "Schrebergarten" ?
 

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En 1864, le docteur Ernst Innocenz Hauschild crée à Leipzig une aire de jeux pour enfants défavorisés. Il la nomme "Schreberplatz", en hommage à son beau-père, décédé trois ans auparavant, le médecin et pédagogue, Dr. Daniel Gottlob Moritz Schreber. Il ajoute des parcelles pour que les enfants puissent cultiver des légumes. Mais ceux-ci se lassent du jardinage, les parents prennent alors le relais et protège les fruits de leur travail par des clôtures - les premiers "Schrebergärten" sont nés !

Et dire que le Dr Schreber ne s’est jamais intéressé au jardinage… Très rapidement les jardins se multiplient, soulageant la vie de bon nombre d’ouvriers qui souffraient souvent de malnutrition et du manque d’espace dans les quartiers populaires.
 

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Les colonies de jardins portent des noms évocateurs : "Heimatliebe" "Amour du pays" ou "Fröhliche Morgensonne", "Joyeux soleil du matin". Mais attention, le Schrebergarten n’est pas synonyme de liberté et farniente! Non, la vie y est strictement réglementée : d’abord, un jardin ne s’achète pas, il se loue. Pour cela, il faut devenir membre de l’association qui gère la colonie. Ensuite, 30% de la parcelle doivent être consacrés à la culture de fruits et de légumes. Faire du compost est une obligation.

 

La hauteur des haies est réglementée, parfois même le choix des plantes. On a le droit à une cabane de 24 m2 au maximum pour y ranger des outils, mais il est interdit d’y habiter. Les quelques habitations que l’on voit parfois datent de la dernière guerre, quand les victimes des bombardements y trouvèrent un refuge.

Ces "parcelles de bonheur pour les petites gens" sont pour certains esprits grincheux la parfaite incarnation d’un esprit borné et petit bourgeois. Il est vrai que, si vous êtes plutôt individualiste, le "Schrebergarten" n’est pas pour vous. Car on attend de vous que vous papotiez avec les voisins, que vous participiez à la vie associative, que vous vous soumettiez aux intérêts de la communauté, que vous entreteniez parfaitement votre parcelle etc, etc...
 

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Le "Schrebergarten", représente peut-être la synthèse parfaite entre deux valeurs très allemandes, la Gemütlichkeit et la compétition. D’un côté, un monde idyllique avec lampions, tomates bio et nains de jardin, de l’autre, une intense vie associative avec réunions, fêtes, querelles de voisinage et concours du plus gros radis. Il existe même depuis 1951 un concours national, "Die deutsche Meisterschaft der Kleingärtnervereine" qui couronne le "meilleur" jardin d’Allemagne.

Pas de doute, les Allemands aiment la nature. Mais, à les voir s’affairer dans leurs associations de "Schrebergärten", on se demande parfois ce qu’ils aiment le plus : la nature ou… la vie associative.
 

 

Texte : Hajo Kruse

Image : Timo Katz & Christine Gensheimer

 

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