la chanson

la chanson : Sag warum

Karambolage 250 - 20 novembre 2011
Poussée par un accès de nostalgie, Elsa Clairon nous invite maintenant à chanter avec elle. Allez, on y va !

Nous allons nous livrer ensemble à un petit test. Nous avons demandé à quelques Français qui, comment dire, sont d’une certaine génération, s’ils connaissent la chanson Sag warum de Camillo Felgen :

- "Ah, euh, ma mémoire… Unser Liebe war so schön, so schön… Jetz ich bin allein… Sag warum, wann bist du zurück!"

- "Ich wollt’ glücklich sein, ich du liebst mich allein, komm du zurück… Pas plus."

- "Euh… ich bin allein… ich bin glücklich – ich woll glücklich sein und ich frage mich warum, warum!"

- "Ach, kommst du zurück, sag mal, das war mein bestes Stück… Oh ja !"

Maintenant, Karambolage se livre au même exercice en Allemagne. Les réponses sont éloquentes :

- "Sag warum de Camillo Felgen... non !"

- "Non, je ne connais pas !"

- "Non, je ne connais pas. Désolé !"

- "Camillo… Non !"

- "Non, désolée !"

- "Vraiment pas, non… non !"

Donc, chose totalement inédite, voici des Français capables de chantonner une chanson allemande, tandis que des Allemands semblent ne même pas la connaître. Très surprenant, non ?

Sag warum, c’est le slow par excellence des années 60 en France. La nuit… un homme marche… il est seul… et demande "pourquoi ?"… En fait, il s’adresse à sa dulcinée qui l’a abandonné et il ne peut s’empêcher de répéter : "pourquoi ?"

Peu importe que les Français n’aient pas compris toutes les subtilités de ce texte hautement poétique, la voix caverneuse, la mélopée dont la souffrance traduit à elle seule l’insupportable solitude, l’insistance de la lancinante question : "warum?", le  crescendo dramatique jusqu’au déchirant :

Ich wollt' glücklich sein. Doch du ließt mich allein!
(Je voulais être heureux. Mais tu m'as laissé seul)

… tout a concouru pour faire un hit de cette chanson.

Sans oublier le nom un peu énigmatique de celui qui chantait cette mélodie sentimentale, tellement sentimentale : Camillo. Camillo, ça ne sonnait pas allemand du tout. On ne savait pas trop d’où il venait ce Camillo.

Et enfin la pochette, la pochette de ce 45 tours qui nous faisait toutes rêver, nous les filles. Le visage viril, la pipe, les volutes de fumée, le tout rehaussé par le rouge du titre et le vert du nom. Ah, Camillo !

En fait, Camillo s’appelle ou plutôt s’appelait, car il est décédé en 2005, Camille Felgen et il était luxembourgeois. Il a d’ailleurs représenté deux fois son pays au concours de l’Eurovision. En 1960, à Londres, où il chante en luxembourgeois. Il termine bon dernier, ce qui ne surprend qu’à peine, mais il récidive deux ans plus tard à Luxembourg, où sa chanson, en français cette fois, Petit Bonhomme, lui vaut la troisième place. Il tentera encore une fois sa chance un titre de circonstance, J’ai du respect pour les cheveux blancs.

Mais Camillo reste l’homme d’un unique tube, ce fameux Sag warum. En fait, il a repris une mélodie de Phil Spector, Oh why, sur laquelle il a plaqué ce texte langoureux dont le refrain Sag warum constitue l’allemand de base des millions de Français qui ont acheté le disque. Car ce tube a eu un succès considérable en France, en Belgique, en Espagne, en Italie, mais curieusement, il est resté quasi inconnu en Allemagne.

En Allemagne, certains associent peut-être quelques vagues souvenirs avec le nom et le visage de Camille Felgen, mais ce n’est pas au chanteur langoureux que pensent les Allemands, c’est à l’animateur qui a présenté quelque 125 fois Spiel ohne Grenzen - Jeux sans frontières. Nos amis allemands se souviennent-ils ?

Bon, tout ça, c’est bien joli, mais ça ne vaut pas la plus belle chanson du monde, n’est-ce pas ?

Oh ja, das wäre schön, bei dir zu sein, mit dir zu gehen.
(Oh oui qu'il serait bien d'être avec toi, de marcher avec toi.) 


Texte : Elsa Clairon
Image : Claire Doutriaux