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Entretien avec le réalisateur, Peter Kosminsky

Golden Globe 2016 de la Meilleure minisérie
Grand nom de la fiction britannique, Peter Kosminsky s’est illustré avec des oeuvres de politique contemporaine saluées par la critique. Il s’attelle pour la première fois à une série en costumes à laquelle il injecte les thèmes qui lui sont chers.

Pourquoi avez-vous choisi de tourner une série historique alors que vous êtes plutôt familier de fictions traitant de sujets d’actualité telles que Warriors ou Le Serment * ?
Peter Kosminsky : C’est Mark Rylance, l’interprète de Thomas Cromwell, qui m’a parlé de Wolf Hall, la trilogie de Hilary Mantel. Mark était déjà le héros de mon téléfilm David Kelly, le prix de la vérité (diffusé sur  ARTE en 2005), qui évoquait le suicide de David Kelly, un expert en armes chimiques et bactériologiques. Depuis, nous souhaitions retravailler ensemble.
En outre, le scénario, écrit par Peter Straughan et fondé sur les deux premiers tomes de Wolf Hall (le troisième est en cours d’écriture, NDLR), est le meilleur que j’aie jamais lu. Si les producteurs ont accepté que je réalise cette série alors que je n’avais pas l’habitude de tourner des films en costumes, c’est parce qu’il s’agit d’une histoire éminemment politique. Une thématique que j’ai traitée à de nombreuses reprises.

Que raconte Wolf Hall ?
La série s’intéresse à la bataille que se livrent ceux qui restent accrochés à leurs principes et ceux, plus pragmatiques, qui souhaitent des changements. C’est aussi une réflexion sur la diplomatie à l’œuvre quand un chef jouit d’un immense pouvoir. À la fin de la série, Thomas Cromwell est un des hommes les plus influents du royaume. Pourtant, sa vie ne tient qu’à un fil car il dépend entièrement des caprices du roi Henri VIII. Wolf Hall est donc une étude sur la fragilité du pouvoir.

Quel est le contexte politique dans lequel les personnages évoluent ?
C’est le moment où l’Europe connaît un schisme religieux. En 1534, l’Acte de suprématie fait passer l’Église d’Angleterre sous l’autorité royale, au détriment du pape. Parallèlement, le pays est en faillite. Catherine d’Aragon échoue à donner au roi un héritier mâle. Thomas Cromwell devient le plus proche conseiller du roi, expulse Catherine et fait couronner Anne Boleyn, contre l’avis du pape.

Pourquoi était-il intéressant de raconter cette histoire du point de vue de Thomas Cromwell ?
Cet homme a été traditionnellement dépeint comme mauvais, cruel. Hilary Mantel le réhabilite. Il était passionnant de mettre en scène ce processus. Par ailleurs, Cromwell est issu d’un milieu populaire. Il s’est élevé uniquement grâce à son intelligence et à son charisme, brisant toutes les règles des hiérarchies sociales. Certes, il a fait exécuter de nombreuses personnes, dont l’évêque Thomas More, mais il subissait une énorme pression : s’il n’obéissait pas au roi, il signait son arrêt de mort.

Des critiques de l’Église catholique se sont élevées à l’encontre de votre représentation de Thomas More...
Elles ont cessé à partir du quatrième épisode. J’y détaille la bataille intellectuelle complexe qui se joue entre More et Cromwell. Prêtres et évêques ont alors compris que je n’étais ni juge ni partie.

Wolf Hall ne contient pas de scènes d’alcôves et de batailles. C’est assez rare de nos jours dans une série. Pourquoi ce choix ?
L’intrigue est essentiellement psychologique. Mais un silence et un regard éloquent s’avèrent parfois plus terrifiants qu’une phrase de menace. Le rythme de la série, assez lent, s’est nourri de cette extrême prudence des protagonistes. Chaque parole peut les mettre en danger face à un roi imprévisible et dangereux.

La série a-t-elle été appréciée en Angleterre, où la BBC l’a diffusée début 2015 ?
On peut parler de succès inattendu, avec parfois six millions de téléspectateurs ! C’est exceptionnel compte tenu du rythme du récit et de la complexité de l’intrigue. Les critiques, y compris aux États- Unis, sont aussi les meilleures de ma carrière. D’ailleurs, Wolf Hall est plusieurs fois nommé aux prochains Emmy Awards et aux Golden Globes. ( Wolf Hall vient d'obtenir le Golden Globe 2016 de la Meilleure minisérie ou film de télévision).

Allez-vous adapter le dernier volet de la trilogie ?
Absolument ! Dès que le livre sera terminé et que Peter Straughan l’aura adapté, je serai sur le pont.

Propos recueillis par Laure Naimski

 

* Séries diffusées sur ARTE en 2003 et 2012