Portrait

Portrait - Lars Mikkelsen, plus qu'un frère

Par Oriane Hurard
« Frère de », Lars est peu à peu sorti de l’ombre de son frère Mads pour se révéler pleinement à la lumière du petit écran, enchaînant les rôles dans les meilleures séries danoises. Retour sur une carrière devenue désormais internationale, et que rien ne pouvait laisser deviner il y a à peine dix ans.

Issu de la classe moyenne danoise, Lars grandit dans une famille sans lien avec le monde du théâtre ou du cinéma. Puis, suivant sa femme, l’actrice Anette Støvelbæk, il parcourt l’Europe comme mime et jongleur de rue avant de rejoindre la prestigieuse École Nationale de Théâtre du Danemark pour y apprendre l’art dramatique. Lars explosera comme acteur sur le tard, à plus de 40 ans ; cette vocation tardive se retrouve également chez son frère Mads, de 18 mois son cadet, qui a connu une belle carrière de danseur avant de percer au cinéma. Hasard des castings ou volonté manifeste, les deux frères ne se sont encore jamais croisés sur scène ou devant la caméra.

Revenons à l’aîné de la famille. En moins de dix ans, Lars joue dans les séries danoises les plus reconnues, celles qui ont marqué l’histoire du genre et participé à la reconnaissance de ce petit pays sur la carte de la sériephilie mondiale.

The Killing marque véritablement le début d’une reconnaissance internationale pour l’acteur au regard magnétique. Suite à son succès inédit dans toute l’Europe ainsi qu’outre-Atlantique, la série fait l’objet d’un remake américain sur AMC en 2011, hélas sans le casting original. 


"The Killing" - Saison 1 (trailer)

La même année, dans Traque en Série (diffusée sur ARTE), Lars incarne Magnus Bisgaard, policier à la tête d’une unité spéciale de Copenhague chargée de pourchasser les serial killers. Rebelote, la série est adaptée deux ans plus tard par les Américains sous le nom de Those Who Kill. Après Billy Campbell qui reprenait son rôle dans The Killing version US, cette fois le comédien danois est « remplacé » par James Morrison, de dix ans son aîné. La revanche n’est pas loin…
Enfin, en 2013, il interprète Søren Ravn, un économiste charismatique rejoignant l’équipe du jeune parti "Les Nouveaux Démocrates", nouvelle formation politique de Birgitte Nyborg dans la saison 3 de Borgen. Là, son passé communiste génère rapidement des tensions au sein de l’équipe hétéroclite rassemblée autour de Birgitte. Tombée sous le charme de son intelligence, la brillante Katrine Fonsmarck a une aventure discrète avec lui.

Après avoir convaincu le public en tant que futur maire et conseiller politique, Lars deviendra rien de moins que président dans les saisons 3 et 4 de House of Cards. Il y incarne Viktor Petrov, l’homologue russe de Frank Underwood. Une véritable consécration made in Netflix pour le comédien danois.

« I have no evil plan, I’m a business man » (Magnussen, Sherlock S03)

Son air blond glacé en fait un parfait représentant de la beauté nordique, un candidat idéal pour jouer les « méchants » russes ou scandinaves dans les productions anglo-saxonnes. Avant de jouer les Poutine de fiction dans House of Cards, le public anglais le (re)découvre dans la réadaptation contemporaine de la troisième saison de Sherlock, où il joue le rôle de Charles Augustus Magnussen.

Ce « Napoléon du chantage » est doté d’une mémoire infaillible, qui lui permet de conserver les pires secrets sur les puissants de ce monde. Son personnage est inspiré de Charles Milverton, connu dans l’œuvre de Conan Doyle comme l’un des personnages les plus haïs par Sherlock. Rien que ça.Dans la série, une scène mémorable le montre en train d’uriner dans la cheminée de Sherlock, devant les yeux médusés de celui-ci et de Watson.  En un épisode, Lars gagne sa place sur le podium des méchants de l’univers sherlockien, faisant de son personnage un « fantastic villain » selon Benedict Cumberbatch lui-même. 

Mais Lars n’en a pas tout à fait fini avec les séries danoises. Fin 2014, il apparaît dans les deux premiers épisodes de 1864, série historique la plus chère de l’histoire du Danemark, et vivement critiquée lors de sa diffusion pour ses inexactitudes historiques sur cet épisode traumatique mais fondateur pour le pays, face à la défaite contre la Prusse. 

L’année suivante, Lars Mikkelsen est au casting de la série pan-européenne The Team, où les polices danoise, allemande et belge doivent coopérer afin de résoudre le meurtre de trois prostituées. Dans la lignée des séries frontalières Bron/Broen et ses adaptations, reposant sur le même principe d’opposition psychologique entre les enquêteurs « tenus de collaborer malgré leurs caractères foncièrement différents » selon Télérama, la série est un succès d’audience en Europe, notamment sur ARTE.

Après Sidse Babett Knudsen, récemment lauréate du César du meilleur second rôle féminin dans L’Hermine, ou encore Nikolaj Coster-Waldau, qui incarne l’un des personnages les plus fascinants de Game of Thrones, Lars Mikkelsen est l’un des fers de lance de l’explosion actuelle des comédiens danois à l’étranger.
Les acteurs scandinaves ont la cote, et la vague du polar nordique n’explique pas tout. À eux deux, les frères Mikkelsen se sont distingués dans les séries les plus intéressantes de ces dernières années ; Mads a ainsi incarné trois saisons durant le fascinant Hannibal sur NBC, marchant in fine sur les traces de son aîné et de ses nombreux succès sur le petit écran. On attend désormais avec impatience les surprises que nous réserve encore la famille Mikkelsen.

Oriane Hurard