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TV Hackers

Le hacking dans la série télé a presque vingt ans. Mais avant d’apprécier une série comme "The Code", il aura fallu que les conventions s’affinent et que la société se réorganise.

Depuis que le jeune Matthew Broderick, dans le film Wargames (1983), s’est infiltré par mégarde dans les bases de données du gouvernement, la figure du hacker n’a cessé de fasciner les scénaristes par sa candeur à menacer le pouvoir.


Cependant, la mise en scène de ses exploits s’est heurtée à la relative ignorance des arcanes de l’informatique chez le grand public ainsi qu’à la difficulté à rendre visuels des enjeux qui sont essentiellement numériques et codés. Voir le cybercriminel Profit (1996) évoluer dans une réplique « jeu vidéo » des multinationales qu’il infiltre prêtait à sourire ; voir la malicieuse Willow, dans Buffy (1998), créer des virus en huit secondes demandait une certaine suspension d’incrédulité ; entendre Scully déclarer « J’appelle l’Internet. » dans les X-Files poussait à l’hilarité.

 

Millénaire

Ce n’est qu’au XXIème siècle, dans la mouvance d’une recomposition de la société autour des réseaux virtuels, qu’une série dédiée aux hackers put enfin voir le jour. The Lone Gunmen était un spin-off des X-Files prenant pour héros les trois informaticiens paranos qui aidaient occasionnellement Mulder et Scully. Son pilote, diffusé en mars 2001, deviendra rétrospectivement un favori des conspirationnistes en ce que les héros y déjouaient un complot gouvernemental visant à détourner des avions vers le World Trade Center. Complots déjoués également dans 24 heures chrono où, enfin, l’univers du thriller prenait en compte la mutation radicale de la société de l’information.

 

Crypto

Mais les séries à avoir poussé le plus loin l’exploration psychologique, politique et même philosophique du phénomène, en proposant des solutions visuelles souvent stupéfiantes, sont à chercher du côté de l’animation japonaise, notamment les sagas Ghost on the Shell, Serial Experiment Lain ou Cow-boy Bee-bop.

 

 

Leurs idées et leurs solutions visuelles seront abondamment reprises par la télévision anglaise, d’abord dans la SF avec la résurrection du Dr Who (2005) et son spin-off Torchwood (2006) et enfin dans la modernisation du personnage de Sherlock (2010) qui nous rappellera que le célèbre détective cryptologue de Baker Street est l’ancêtre de tous ces hackers malicieux, capables de percer les secrets en manipulant statistiques et variables.

Rafik Djoumi, rédacteur en chef du webmagazine BITS