"Occupied" : une idée de Jo Nesbø

Pourquoi l'idée d'"Occupied" a-t-elle germé dans l'esprit de Jo Nesbø, le maître du thriller scandinave ?
Jo Nesbø - Portrait
©Jørn H Moen
Je me suis souvent posé la question de savoir ce que j’aurais fait, ce que ma génération aurait fait, en 1940. Il est très difficile de juger les engagements de cette époque. C’est le point de départ d’Occupied.
 

"L’idée d’Occupied m’est venue bien avant que la Russie ne décide d’envahir l’Ukraine. La guerre fait partie de mon histoire personnelle. L’Occupation durant la Seconde Guerre mondiale hante déja plusieurs de mes romans. Mon père, dont les parents étaient anticommunistes, avait décidé de collaborer avec les nazis pour combattre l’Armée rouge à la frontière russe. La famille de ma mère était, elle, dans la Résistance. En Norvège, tout le monde se dit fils d’un ancien résistant. Or, en 1940, quand l’Allemagne a envahi notre pays, la plupart des gens ont baissé la tête et ont coopéré. Ils avaient choisi le pragmatisme.
Je me suis souvent posé la question de savoir ce que j’aurais fait, ce que ma génération aurait fait, en 1940. Il est très difficile de juger les engagements de cette époque. C’est le point de départ d’Occupied.
Sa question centrale : comment réagirions-nous face à un occupant qui ne bouleverse pas, dans le fond, notre quotidien, qui ne touche pas à nos privilèges...

L’objet de l’histoire d’Occupied n’est pas vraiment la Russie, mais plutôt la nation démocratique qu’est la Norvège. Et cette croyance selon laquelle la civilisation, les démocraties et toutes nos institutions seraient fermement établies, reposeraient sur une base solide et inébranlable.
C’est ce que nous a enseigné le cas de la Yougoslavie, dans les années 1980 : il n’a fallu à Slobodan Milošević que six mois environ pour déchirer une nation qui se croyait unie. Les choses peuvent s’inverser aussi vite que ça : c’est aussi ce que j’ai voulu dire dans cette histoire. 
J’ai imaginé le concept d’Occupied et ai laissé à d’autres le soin de le développer. C’était une idée forte, parfaite pour une série. Mais une série, c’est le travail d’une équipe. Et je suis trop "control freak" pour partager mon écriture. J’ai accepté de perdre le contrôle en préférant ne plus intervenir et en faisant confiance à l’équipe en place."

Jo Nesbø est né à Oslo en 1960. Les dix volumes des aventures de l’inspecteur Harry Hole — de L’homme chauve-souris à Police —, traduits en près de quarante langues et vendus à plus de 25 millions d’exemplaires à travers le monde, ont fait de lui le maître du thriller scandinave, publié dans 140 pays. L’adaptation au cinéma de son roman Chasseurs de têtes (Headhunter) fut un immense succès au box-office scandinave. Son dernier roman Le Fils est paru en France le 8 octobre chez Gallimard dans la collection Série Noire.