Dossier Métropole

Bucarest

ville à la lisière de l’Europe
Metropolenreport: Bukarest
Dossier métropole : Bucarest Bucarest, la capitale mondaine de la Roumanie, a vécue un changement radical. Dossier métropole : Bucarest

Dossier métropole : Bucarest

Bucarest, la capitale mondaine de la Roumanie, a vécue un changement radical.
Kloster Stavropoleos
Kloster Stavropoleos© fusions of horizons

Surnommée « Micul Paris » (le petit Paris) en raison de son architecture mondaine, la capitale de la Roumanie a connu un urbanisme à la hussarde sous Ceaușescu, qui a fait raser 9 300 appartements du centre-ville et déplacer 70 000 habitants pour ériger la Casa Poporului (maison du peuple). C’est dans ce gigantesque bâtiment administratif – le plus grand au monde après le Pentagone – que siège désormais le parlement roumain.

La Roumanie fait partie de l’Union européenne depuis dix ans maintenant. Mais une image négative lui colle encore à la peau : les Roumains ont en effet la réputation d’affluer en Europe de l’Ouest pour profiter des systèmes de protection sociale. Mais à quoi ressemble aujourd’hui c Qu’en pensent les artistes du cru ? Metropolis discute avec quelques acteurs de la culture et créatifs de cette ville à la lisière de l’Europe.

Artiste multimédia et performeuse, Irina Botea pratique souvent des reconstitutions historiques pour faire resurgir l’Histoire et les traumatismes du passé qu’elle cherche à intégrer dans la vie d’aujourd’hui. La reconstitution historique est une sorte d’exorcisme, explique-t-elle, et à Bucarest, ce besoin se fait sentir dans un grand nombre de lieux. Nous visitons en sa compagnie le palais du parlement, dont une des ailes abrite le musée d’art contemporain. Une exposition personnelle lui sera consacrée en janvier 2017. Ses œuvres sont actuellement exposées dans la galerie d'Anca Poterasu située dans la vieille ville. Irina Botea a discuté avec les résidents de ce bâtiment qui date du XIXe siècle et a enregistré leurs parcours. A la suite de quoi, elle a habillé une pièce avec des objets de leur vie quotidienne et avec leurs voix. Bucarest n’est que pur chaos, mais arrive à survivre malgré tout, déclare celle qui a tourné sur les rives du Lac Morii un film bercé d’espoirs et d’utopies.

La photographie est le médium de prédilection de Iosif Kiraly. Depuis plusieurs années, il immortalise des lieux très différents de Bucarest. Il les prend sous tous les angles et en toutes saisons. Puis il assemble ses photos en collages qui finissent par se superposer. Tel un archéologue, on pourrait gratter les strates pour mettre au jour l’évolution dans le temps. Mais même lorsque le présent émerge à la surface, le passé continue de poindre par endroits. Accompagnés de Iosif Kiraly, nous déambulons dans la ville, discutons des changements d’hier et de la situation actuelle, et nous lui rendons également visite dans son atelier.

Depuis plusieurs années, l’artiste conceptuel Vlad Nanca collectionne des sculptures du quotidien : de petites structures en ciment, en fil de fer ou en bois, qui servent aux Bucarestois à délimiter leurs emplacements de parking. Ces objets sont emblématiques de cette ville et de la mentalité de ses habitants, explique-t-il. Car depuis l’effondrement du communisme, l’individualisme a pris le dessus et chaque citoyen ne pense qu’à s’assurer des avantages personnels. Vlad Nanca vient de publier un livre sur ces objets de marquage des places de stationnement. Lors d’une promenade avec lui, nous cherchons dans Bucarest ces sculptures du quotidien et parlons des jeunes artistes à l’étonnant engagement politique et social.

Par Cordula Echterhoff