Karambolage spécial

le rite : le "bin-bin"

Karambolage Saint Valentin - 14 février 2010
Depuis plus d’un an, vous le savez, Karambolage s’est ouvert aux cultures des minorités immigrées en France et en Allemagne. Bon, un jour, une jeune Française, Isabelle Sidibé, nous a proposé de nous parler du "bin-bin" que lui avait offert ses belles-sœurs sénégalaises.

Oh, oh, joli texte mais qui nous embarrassait un peu : diffusé à 20 heures, le dimanche, ce sujet n’allait-il pas nous attirer les foudres d’un public très familial ? L’idée a germé alors de fabriquer un karambolage plus coquin pour la Nuit de la Saint-Valentin, un karambolage à ne pas mettre entre toutes les mains.On aurait commencé par le fameux sujet sur le "bin-bin"... 

Je suis une Française dite "de souche", et j’ai épousé un Sénégalais. Nous habitons Montreuil, dans la banlieue parisienne. Quand je suis allée la première fois au Sénégal pour rencontrer la famille de mon futur mari, j’ai dû quitter mes pantalons baba cool pour des jeans qui moulent mes fesses de "diayfoundé" - entendez par là… femme bien faite - ou pour des boubous "taille basse". Mes nouvelles amies ont mis un point d’honneur à me faire découvrir le must de ce qui fait la réputation des Sénégalaises  - de loin les plus coquettes de toute l’Afrique de l’Ouest. Ainsi, j’ai découvert le "bin-bin", le "thiouraye", et les "betcho".

On voit parfois sur nos plages des jeunes européennes revenues d’un séjour en Afrique, qui arborent de jolis colliers de perles autour du cou ou sur la taille. "Blasphème !", crieront certaines Sénégalaises traditionalistes. Ces bijoux de hanches ne doivent être vus que par les maris de celles qui les portent, sous peine de passer pour une "petite allumeuse". Le "bin-bin" se porte sous les habits, et se choisit avec autant de soin que le string assorti.

Les "bin-bin", ce sont des perles en plastique, en verre, en bois, en pierre, ou en perles d’encens séchées, montées sur un fil élastique, ce qui permet au partenaire de jouer avec. Souvent, on porte plusieurs "bin-bin", ainsi, à chaque mouvement du bassin, les précieux atouts s’entrechoquent et le petit bruit qui rythme la danse excite le destinataire. En public, la femme peut aussi provoquer ce fameux bruit en appuyant son déhanché ou carrément en tirant sur l’un des "bin-bin" qui viendra résonner sur les autres : le but étant que seul son homme l’entende… comme un appel - ou une mise en garde.

Deuxième phase de mon apprentissage, mes amies me dévoilent le dessous de leurs pagnes… Comment imaginer que la dame aux formes généreuses et au boubou ample et coloré, que vous croisez dans les transports, porte un pagne sous son pagne, un voile délicatement troué ? Voire entièrement troué, le bétcho! Le bétcho, ça va du pagne long fait d’une multitude de petits trous, au pagne ras-l’bonbon avec ses deux ou trois grands trous. Certaines danseuses de sabar n’hésitent pas, en public, à lever d’une main le premier pagne, afin de dévoiler à tous leur plus beau bétcho…

Enfin, ma formation de parfaite séductrice s’est terminée par l’apprentissage de l’art du thiouraye, de l’encens. Chaque femme concocte son propre thiouraye, en mélangeant des graines de diguid ja et de gowé, deux arbres aromatiques du Sahel, des muscs venus du monde entier et parfois de la gomme arabique pour sa propriété de liant. On brûle le thiouraye, dans un pot en terre cuite contenant du charbon rougeoyant sur lequel on dépose l’encens. C’est une odeur qui vous suivra partout, l’encens s’imprégnant profondément dans vos tissus. Et c’est bien sûr un moyen imparable pour surveiller votre conjoint : si le soir, sur ses vêtements, vous décelez un autre thiouraye que le vôtre, vous êtes en droit de l’accuser d’adultère !

Voilà donc quatre ans que je partage la vie de mon Sénégalais de mari. J’ai vite compris que pour garder mon homme le plus longtemps possible, ce qui serait plus important encore que de bien savoir préparer les merveilleux plats de la cuisine sénégalaise, c’est qu’il faudra, à tout âge, que je n’oublie pas ce trio si féminin, ces atouts de séduction dont tout homme sénégalais raffole… Dernière petite chose, savez-vous que j’ai tenté de transmettre cette coutume à mes sœurs et que leurs conjoints en semblent sont tout simplement ravis ? Alors, Mesdames, je crois que vous devriez essayer…

Texte : Isabelle Sidibé
Image : Elsa Perry