le quotidien

le quotidien : le sot-l’y-laisse

Karambolage 187 - 27 septembre 2009
Aujourd’hui, Corinne Delvaux nous invite à manger du poulet… Miam, allons-y !

Ce Monsieur est un Monsieur français et il est dans sa cuisine française. Ce Monsieur vient de faire rôtir un délicieux poulet, un vrai poulet du dimanche. Regardez si ça a l’air appétissant! Humm… Bon, ça n’est pas le tout, maintenant, il faut le découper ce poulet. Regardez comme ce Monsieur sait y faire ! Il commence par découper le pilon, le second… Voilà… Une aile, l’ autre…, Un beau blanc regardez… Et le second. Voilà ! Parfait !

Mais voici que son visage s’illumine, une joie gourmande semble transfigurer notre ami. C’est que ce monsieur français s’approche de sa récompense… Là, vous voyez ce joli petit morceau ovoïde niché dans le creux du dos ? Ce petit morceau un peu plus sombre, goûtu, tendre à souhait, fin et moelleux, c’est le petit avant-goût que s’octroie bien souvent à la cuisine celui qui coupe la volaille, c’est la récompense de son labeur solitaire. Une récompense jalousée qui se déguste un peu en catimini, c’est si petit que ce serait gâcher son plaisir que de le partager, non ?

Alors, grâce à la loi de la symétrie, il y en a 2 de ces petits morceaux savoureux, miam, notre ami est en train de dégager le second ! Bon, les Français sont très friands de ce morceau délicat. Ils ont d’ailleurs un nom tout spécial pour ça, un mot très curieux : le "sot-l’y-laisse". Écoutez : "sot-l’y-laisse". Quand j’étais enfant, je pensais que ça s’écrivait "solilesse". Le solilesse. Pourquoi pas ? Il paraît d’ailleurs que les Canadiens l’écrivent ainsi. Ce n’est qu’en grandissant que j’ai compris que le "sot-l’y-laisse" s’écrit comme ça. Et cela signifie bien sûr que c’est tellement bon que seul un sot, un idiot le laisse sur la carcasse par pure ignorance…


Les Français adorent les "sot-l’y-laisse", il adorent aussi prononcer le mot "sot-l’y-laisse". Ça fait partie de ces mots qui sentent bon le temps passé. Le mot date de 1798. À l’origine, il désignait la chair entre la poitrine et les épaules du cerf. Mais comme on ne mange pas du cerf tous les jours, le sot-l’y-laisse est passé du cerf au poulet. Une dégringolade. Alors, comment appelle-t-on le sot-l’y-laisse en allemand ? Ah, ah, ? "der Dumme lässt’s" ? Eh bien non, il n’y a pas de mot allemand pour désigner ce petit morceau exquis. Et comme toujours, ce qu’on ne peut pas nommer n’existe pas. Nos enquêtes, comme toujours, très approfondies ont montré que bien souvent, les Allemands ne connaissent pas le "sot-l’y-laisse", et que trop fréquemment, il disparaît, hélas, dans la poubelle avec la carcasse.

Donc, chers amis allemands, ne soyez pas sots, achetez vite un poulet, faites-le rôtir et précipitez-vous sur les "sot-l’y-laisse". À propos, un téléspectateur allemand connaît-il le mot allemand ? Un mot qui nous aurait échappé ? Merci de nous envoyer très vite la réponse via notre site Internet…

Et voilà la réponse...

Texte : Corinne Delvaux
Image : Claire Doutriaux & Claude Delafosse
avec : Jacques Falgous


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