la coutume

la coutume : la galette des Rois

Karambolage 1 - 4 janvier 2004

Est-ce que vous connaissez l’histoire de cette étudiante allemande qui arrive à Paris début janvier et qui, prise d’une petite faim subite, entre dans la première boulangerie venue ?

Il n’y a pas vraiment le choix : partout les mêmes gâteaux ronds avec l’étiquette : galette des rois. Là, elle se dit : c’est incroyable ces tendances aristocratiques des Français. Et elle s’offre une petite galette, à l’odeur alléchante.

Elle mord dedans avec enthousiasme. Catastrophe : elle tombe sur quelque chose de dur et se casse une dent. Aïe ! Ou plutôt "aua!", comme on dit en Allemagne...

En France, on appelle la fête des Rois l'Epiphanie, un mot d’origine grecque - "epiphaneia" - qui signifie apparition. C’est en effet un 6 janvier que l’enfant Jésus est révélé aux rois mages, Gaspard, Melchior et Balthazar.

Et pour fêter dignement cet événement, on prépare la fameuse galette des Rois, un excellent gâteau à base de pâte feuilletée et de frangipane. Dedans, on cache une fève. Enfin, à l’origine, c’était une fève. Aujourd’hui, c’est une petite figurine en porcelaine. Les Français raffolent de ces fèves et même certains les collectionnent. Celui sur qui tombe la fève devient roi ou reine pour la journée. On lui met sur la tête une superbe couronne en carton doré et à chaque fois qu’il porte son verre aux lèvres, les autres crient avec enthousiasme : "Le roi boit, le roi boit !"

Les historiens peuvent bien se disputer sur l’origine de cette coutume païenne qui remonterait à l’époque romaine ou au Moyen Age, peu importe. En France, la galette des rois, c’est sacré. A la maison, chez grand-mère, au bureau… eh oui, surtout au bureau : toute la France s’empiffre, toute la France tire les Rois. Avec passion. Et souvent avec du champagne. Et chaque année, on raconte à nouveau pour la millième fois aux collègues de bureau comment ça se passe en famille. Car il y a différentes manières de faire. Parfois, c’est le plus jeune qui doit se cacher sous la table pour répondre à l’aveugle à la question : "Roudoudou, pour qui est ce morceau-là ?" C’est pour papa, c’est pour tante Bernadette, etc... Peu importe, l’important, c’est que l’on tire les Rois et qu’on en parle.

Il y a encore vingt ans, on tirait les rois uniquement le 6 janvier, mais aujourd’hui, on mange de la galette de façon quasi ininterrompue, du 2 au 15 janvier. Les boulangers sont malins et ils ont compris que les Français, ces anciens révolutionnaires, ont tous envie de devenir le roi ou la reine d’un jour. Et pour que chacun ait droit à son tour, ils vendent leurs galettes pendant deux semaines.

Encore une chose : veillez à ce que cette fête, qui est déjà devenue païenne, ne se transforme pas de surcroît en un étouffe-chrétien. C’est comme ça qu’on appelle en français un plat ou un gâteau très lourd, qui pèse tellement sur l’estomac qu’il risque d’étouffer toute personne normalement constituée. Donc achetez de préférence votre galette chez un très bon boulanger.

Texte : Clara Wasser
Image : Claude Delafosse

 

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