Urbanisme

Woodoo, le bois des villes de demain ?

Émission du 11 juin 2016
Et si le bois remplaçait le béton dans nos villes ? C’est l’idée qui anime le jeune architecte-entrepreneur Timothée Boitouzet, qui après plusieurs années de recherche, a mis au point un bois ultra-résistant. S’il se démocratisait, ce matériau pourrait permettre de bâtir des tours de plusieurs dizaines d’étages. Et l’innovation est prometteuse, puisqu’elle lui a value le prix de l’innovateur 2016 du MIT. Entretien avec un jeune prodige, qui pourrait bientôt changer le visage de nos villes.

FUTUREMAG : Qu’est-ce qui vous attire autant dans le bois en matière d’architecture ?

Timothée Boitouzet : C’est en découvrant Kyoto et ses temples millénaires en bois que j’ai réalisé tout le potentiel de ce que l’on pouvait faire avec la nature “brute”. Le bois m’attirait déjà parce qu’en France, la culture architecturale est celle de la pierre. Elle est mobilisée avec l’idée que les bâtiments perdureront plus longtemps. J’ai cherché à savoir comment faire du bois qui serait en quelque sorte “immortel”. Un bois qui ne soit pas une matière périssable mais un matériau durable.

Quelles sont les particularités du bois que vous produisez ?

Nous produisons un bois ultra-résistant. Nous commençons par enlever la lignine du bois, tout en respectant sa micro-géométrie, pour la remplacer par des composants plus rigides : des monomères biosourcés, ou des matières plastiques issues de la biomasse, qui vont d’une part densifier le bois et d’autre part créer des liaisons plus fortes entre les fibres du bois. On change donc la structure du bois pour la rendre beaucoup plus performante. L’objectif est qu’il soit capable de répondre aux besoins humains et plus uniquement aux besoins de la nature où il finit par pourrir, où il peut brûler etc... À l’issue de cette transformation, il est imputrescible, résistant au feu et trois fois plus rigide que le bois d’origine.

Si aujourd’hui nous arrivons à faire des bâtiments de douze étages en bois traditionnel, demain nous pourrons faire des tours de trente ou quarante étages avec ce matériau renforcé. Notre produit est encore en phase de recherche et développement pour le moment. Avant de le commercialiser il faudra nécessairement passer par une étape d’industrialisation.

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Quel est l’impact environnemental du bois ultra-résistant que vous avez développé ?

L’objectif est qu’il soit capable de répondre aux besoins humains et plus uniquement aux besoins de la nature.
Timothée Boitouzet - Woodoo

Sur le plan écologique, notre procédé est économe et écoresponsable. Le bois en soi est un matériau naturel qui a une emprunte carbone très faible, et notre procédé est deux fois moins énergivore que le béton, trois fois moins que la brique et cent trente fois moins que l’acier. Le bois est également un puits de carbone : en grandissant, ils stockent du CO2. Il faut ensuite en replanter de nouveaux, qui reproduiront le même processus. C’est une logique plus viable que la production d’acier ou de béton, qui émet du carbone. Notre objectif est aussi de transformer du bois dont personne ne veut. Cela nous permettra de valoriser des stocks délaissés et devrait rendre nos coûts compétitifs.

Pouvez-vous nous parler des différentes étapes que vous envisagez pour votre développement ?

Nous avons énormément de sollicitations de la part d’industriels, mais nous aimerions, dans l’année qui vient, dédier notre matériau au design et au mobilier d’intérieur. D’ici deux ans, nous aimerions qu’il soit utilisé pour les façades, les toitures et les éléments de plancher, et d’ici cinq ans, une fois que nous aurons passé toutes les accréditations nécessaires, nous aimerions le pousser dans le milieu de la construction pour construire de hauts bâtiments en bois.


Propos recueillis par Edouard Luquet.