Urbanisme

Spinlister : et si vous partagiez votre vélo ?

Émission du 19 septembre 2015
Lancée en 2012 aux États-Unis, la start-up Spinlister, une plateforme de location de vélos entre particuliers, ambitionne de révolutionner le partage des deux roues dans les grandes villes. Et le potentiel pourrait être très fort : aux États-Unis, 67,3 millions d’Américains ont effectué un trajet en vélo entre 2013 et 2014. Déjà présent dans 60 pays, le service semble confirmer le succès de l’économie collaborative. Pourtant, l’entrée de cet acteur sur le marché des vélos libre-service ne fait pas encore l’unanimité...

Depuis quelques années, l’économie collaborative s’impose comme une alternative inventive au sein du marché traditionnel. La preuve en est, les plateformes de location entre particuliers comme AirBnB ou encore Blablacar en France comptent désormais des milliers d’utilisateurs. Ce modèle récent, tant célébré par le prospectiviste Jeremy Rifkin et qui se fonde principalement sur des outils numériques fait éclore de nombreux services innovants en reliant directement les internautes entre eux. Une recette simple pour les entrepreneurs qui réduisent ainsi les coûts de production, de transaction et économisent les ressources énergétiques grâce aux services partagés.

C’est dans ce paysage qu’est née l’application Spinlister, qui offre à chacun la possibilité de mettre en location son vélo personnel pour une journée ou même une semaine. Pour cela, il suffit de poster la description et la localisation du vélo en ligne et de fixer son prix (entre 5 $ et 150 $/jour selon le modèle). Les clients n’ont plus qu’à réserver la monture qui leur convient parmi les différents modèles proposés : bicyclettes de ville, VTT, fixies, ou même cargo-vélos. Le propriétaire bénéficie d’une assurance allant jusqu’à 10 000 $ et la plateforme, elle, prélève  17,5 % sur les transactions.

Une concurrence déloyale pour les villes ?

Ce concept de partage “peer-to-peer” rassemble déjà des milliers d’utilisateurs dans plusieurs villes Outre-Atlantique : New York, Portland, Austin ou encore Los Angeles sont en tête de liste. Et c’est la flexibilité de ce système décentralisé qui semble séduire en particulier les jeunes et les visiteurs de passage. De fait, les stations de vélos libre-service proposées par les villes portent parfois leur lot de contraintes : les difficultés d’accès, le temps et  le prix découragent parfois les usagers qui voudraient bénéficier ponctuellement d’un vélo. Si certains voient dans Spinlister un concurrent direct de ces services, comme le Vélib à Paris ou encore Call a Bike à Berlin, Andrew Batey, directeur marketing de l’entreprise, réfute cette crainte : “Nous ne sommes absolument pas en concurrence avec les villes. Nous sommes complémentaires. Nos clients sont plutôt des voyageurs de passages, il vont louer un vélo sur deux ou trois jours pour visiter la ville, alors que les usagers des vélos publics les utilisent dans leurs trajets quotidiens.

Une nouvelle carte de l’économie collaborative… ou non

Pour le directeur marketing, le système est surtout une opportunité pour les particuliers  de s’assurer un petit revenu, jusqu’à 500 $ par mois selon le site. “Aucun réseau de libre-service public n’est vraiment profitable. Nous pensons au contraire qu’en mettant l’argent dans la poche des gens, ils pourront le dépenser dans les commerces locaux. C’est une autre façon de créer de la valeur.”

Alors Spinlister, une nouvelle facette de l’économie du partage ? Ce qui est sûr, c’est qu’Andrew Batey refuse de considérer la start-up comme un membre de cette économie :

AirBnB n’est pas née pour faire vivre l’économie collaborative, c’est une start-up qui a commencé parce qu’il y avait un besoin de louer des espaces vides dans les villes. Nous suivons la même logique. (...) Une entreprise qui débute à 100 % dans l’économie collaborative est vouée à l’échec. Un entrepreneur doit d’abord avoir une passion, il doit saisir une opportunité et répondre à un besoin. Par exemple, cette année nous initions un partenariat avec la marque hollandaise VanMoof”.

Un positionnement qui ne manquera pas de faire des émules au sein de l’économie participative, mais qui est l’occasion d’intégrer plus largement les vélos les plus innovants au sein du parc actuel. L’objectif de la collaboration : mettre en vente à moitié prix des vélos high-tech flambants neufs dotés d’un cadenas avec bluetooth intégré et d’un détecteur connecté qui permettra de mettre à jour leur localisation en temps-réel, le tout pour un prix allant de 500 à 1000 Euros”.

Si Spinlister déçoit les prophètes du modèle collaboratif, le service séduira peut-être les amoureux des vélos nouvelle génération !