Santé

Santé connectée : demain, tous médecins ?

Chirurgiens, patients, étudiants … les technologies intégrant Internet dans la pratique de la médecine visent tous les publics, et elles sont de plus en plus nombreuses.

Le fruit le plus connu des amours d’Internet et de la médecine est bien sur le site de diagnostic en ligne. Votre bras vous gratte ? C’est la gangrène ! Heureusement, pour nous, le web a bien plus à apporter au monde de la santé.

 

Google Glass et la chirurgie : début d’une idylle.

 

Parmi les quelques milliers d’explorateurs triés sur le volet pour tester Google Glass avant sa commercialisation, on trouve un grand nombre de chirurgiens. Les fonctionnalités de l’ordinateur miniature à commande vocale ouvrent en effet de nouvelles perspectives à ces praticiens.  

 

Plus connu pour sa branche électroménager, Phillips est également un des leaders mondiaux en matière d’équipement médical. En collaboration avec Google, Phillips Healthcare a imaginé Google Glass IntelliVue. Solutions. Au lieu de n’apparaître que sur un moniteur, les données vitales du patient seraient transférées sur l’écran de Glass, dans le champ de vision du chirurgien qui pourrait rester concentré sur ses mains en permanence. Ce n’est pour l’instant qu’un concept, mais il semble prometteur.

 

 

Là où Google Glass est le plus susceptible de faire progresser la chirurgie, c’est dans le domaine de la diffusion du savoir.La caméra placée dans la monture permet de retransmettre une opération en direct, telle qu’elle est vue par le chirurgien. Dans un entretien au New York Times, le Dr. Parekh évoque le potentiel de cette technologie. “En Inde, [l’orthopédie] a 40 ans de retard sur celle pratiquée aux États-Unis (...) utiliser Glass pour retransmettre nos opérations afin que des orthopédistes du monde entier puissent progresser serait fantastique”.

Cela s’applique également à l’enseignement universitaire. Au lieu d’avoir dix étudiants serrés dans un bloc opératoire et tentant d’observer les gestes du chirurgien par dessus son épaule, la totalité d’une promotion pourrait bientôt assister à l’opération à la première personne depuis leurs ordinateurs.

 

 

Pour suivre les avancées dans le domaine, vous pouvez aller jeter un oeil sur la page - régulièrement alimentée - de la communauté Google Glass Surgeons / in Surgery sur le réseau social google+.

 

Ambient Clinical Analytics : surveiller les patients grâce au cloud

 

Dans les hôpitaux comme ailleurs, l’erreur est humaine. Il arrive donc qu’un dossier soit confondu avec un autre, qu’un traitement soit délivré deux fois, ou qu’il soit simplement oublié.

 

Si les conséquences sont autrement plus graves, ce sont des erreurs comparables à celle du serveur du restaurant qui oublie votre commande ou vous sert celle d’une autre table. Pour éviter ces situations, les restaurant sont aujourd’hui équipés d’ordinateurs dans lesquels les données de chaque table sont enregistrées : nombre de couverts, commandes servies, plats en attente, etc.

 

L’entreprise Ambiant Medical Analytics propose aujourd’hui un dispositif similaire adapté au milieu hospitalier. Connectés aux moniteurs présents dans les chambres, les système AWARE et Mayo Clinic YES Board centralisent les informations de tous les patients d’un service : condition, données vitales, traitements en cours, informations particulières, etc. Ils permettent même de surveiller l’état de santé de certains patients organe par organe.

 

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Depuis une simple tablette, on peut alors superviser en direct plusieurs dizaines de patients à la fois, et ainsi faciliter la prise de décision tout en limitant le nombre d’erreurs.

 

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Le smartphone, nouvel outil d’une médecine connectée

 

Connectés en permanence à Internet et donc potentiellement à nos médecins ou à des bases de données médicales, les smartphones sont de plus en plus utilisés comme outils de diagnostics.

 

Miroculus simplifie la détection du cancer

Les micro ARN (acides ribonucéliques) sont des molécules présentes dans nos cellules, dont il existe plusieurs types. Il se trouve que chaque type de cancer entraîne la présence dans le sang d’une combinaison précise de micro ARN. En analysant les micro ARN présents dans le sang d’un individu, on peut donc savoir si ce dernier est atteint d’un cancer, et si oui, de quelle forme.

Suivant cette méthode, l’équipe de la start-up Miroculus a mis au point un procédé simple et rapide de diagnostic du cancer grâce à un smartphone.

Sur une grille grande comme un livre de poche sont placées autant de micro-éprouvettes qu’il existe de micro ARN. Dans chaque éprouvette, une substance réagissant (sous forme d’un dégagement de lumière) à la présence d’un type de micro ARN en particulier.

Lorsqu’un échantillon sanguin est réparti sur la grille, les cases correspondant aux micro ARN se mettent à briller. On obtient alors une signature lumineuse unique. En la prenant en photo à la manière d’un QR code, on peut alors savoir à quel cancer elle correspond grâce à la base de données mise en ligne par Miroculus.

 

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La combinaison de micro ARN correspondant à un cancer des reins. Source : Miroculus

 

 

Acumen accélère le diagnostic de l’autisme

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Le diagnostic de l’autisme chez l’enfant intervient souvent tardivement, autour de l'âge de 5 ans. La société Acumen propose d’accélérer ce dépistage en offrant une méthode simple de suivi des enfants à distance. Au moyen de leur téléphone, les parents filment leur enfant dans certaines activités listées par Acumen. Ils envoient alors ces vidéos qui sont visionnées par des experts du comportement. Ces derniers établissent alors un diagnostic personnalisé avant de recommander de nouveaux exercices et d’éventuels traitements. Le processus est entièrement documenté et consigné dans un dossier en ligne qui permet un suivi permanent et des ajustements éventuels.

 

Cellscope Oto

Les américains de Cellscope ont mis au point un otoscope (c’est le vrai nom de la petite lampe avec laquelle votre médecin regarde l’intérieur de vos oreilles) adaptable à l’appareil photo d’un smartphone : Cellscope Oto. L’otite est une maladie très courante chez l’enfant, et elle se diagnostique très simplement. L’idée de Cellscope est que les parents puissent obtenir ce diagnostic depuis chez eux sans devoir aller chez le médecin à chaque fois.

 

En plus d’Oto, l’équipe a donc développé une application pour smartphone qui permet de capturer les images filmées et de les envoyer directement à un médecin. Celui-ci peut alors effectuer son diagnostic en fonction duquel il pourra prescrire le traitement adéquat, ou, en cas de cas plus sérieux, convoquer le patient pour une consultation.

 

 

Si elles ne vont pas toutes de paire avec des équipements médicaux, les applications smartphone pour médecins ou patients sont aujourd’hui légion. Du glucomètre portable au simple dictionnaire médical, vous pourrez trouver l’actualité de ces applications médicales sur des sites tels que imedicalapps.com ou le Français dmdpost.com.

En bref, la prochaine fois que vous avez mal au ventre, votre application favorite vous diagnostiquera sans doute quelque chose de plus précis et moins terrifiant qu’un rarissime parasite tropical mangeur d’hommes. La question qu’il faut se poser concerne la réaction des médecins. Comme Uber et Lyft avec les taxis, les applications médicales pourraient fortement influencer nos usages, et par conséquent remettre en cause leur rôle.

 

Lluis Pino