Nouvelle économie

Quel avenir pour les vêtements en spray ?

Émission du 1er octobre 2016
Crèmes solaires, déodorants, parfum : les sprays font depuis longtemps partie intégrante de notre quotidien. Si l’on est habitué à l’usage des bombes aérosols pour ces produits, on ne l’est pas encore pour d’autres, comme les vêtements. Or, ça existe ! Enfin, presque… On vous présente Manuel Torres et son invention qui tarde à voir le jour.

Un premier défilé après plus de 10 ans de recherche

Dans les années 1990, le designer espagnol Manel Torres imagine un tout nouveau type de vêtement : un tissu que l’on se pulvériserait directement sur la peau comme on s’applique un auto-bronzant. Un projet qu’il mènera à bien puisqu’il obtient en 2001 son doctorat pour sa thèse sur les “les tissus en spray” au Royal College of Art. Accompagné ensuite par l’Imperial College of London, il est supervisé par Paul Luckham, professeur en technologie des particules, et fonde son entreprise Fabricant Ltd. Mais il faudra attendre près de 10 ans avant de voir des mannequins fouler un podium vêtus de fibres pulvérisées sur leur corps.

En 2010, près de 300 pièces de haute-couture sur-mesure sont ainsi présentées à Londres. Une consécration pour le designer qui obtient par la même occasion la médaille d’or dans la catégorie “Science in style” remise par le Conseil pour l'avancement et le soutien de l'éducation. Pourtant, depuis, toujours pas de vêtement en spray dans nos rayons.

Pansements personnalisés, lingettes hygiéniques : d’autres applications pour ce spray

Quand j'ai commencé ce projet, je voulais vraiment créer un matériau futuriste, transparent, rapide à appliquer et confortable.
Manel Torres

Ce tissu à pulvériser, mélange de fibres textiles non tissées et de solvant (ce qui lui donne sa forme liquide), se solidifie au contact d’un élément solide, comme la peau par exemple. Une fois créé, il peut même être dissout puis réutilisé. S’il a d’abord été pensé pour la mode, il a très vite donné d’autres idées à son créateur. Manel Torres a donc très vite imaginé décliner son innovation dans de multiples autres usages. Des pansements stériles personnalisés, des lingettes hygiéniques, des tissus d’ameublement ou encore des revêtements pour les voitures figurent parmi ses ambitions. “Quand j'ai commencé ce projet, je voulais vraiment créer un matériau futuriste, transparent, rapide à appliquer et confortable, expliquait-il à l’Imperial College. Dans ma quête pour produire ce genre de tissu, je me suis tourné vers des textiles comme le feutre, également produit à partir de fibres assemblées ensuite sans avoir à les tisser ou à les coudre. En tant qu'artiste, je passe mon temps à rêver à des créations uniques, mais en tant que scientifique je dois me concentrer sur le fait de fabriquer des choses réplicables. Je veux démontrer que la combinaison de la science et de la technologie peut aider des concepteurs à créer de nouveaux matériaux ".

“ Impossible de se le pulvériser dans le dos”

Je veux démontrer que la combinaison de la science et de la technologie peut aider des concepteurs à créer de nouveaux matériaux.
Manel Torres

Et c’est le saut vers une production industrielle qui semble pêcher pour le moment. Car depuis son défilé en 2010 et ses ambitions affichées, le designer se fait particulièrement discret et ne répond à aucune question quant à la suite donnée à son innovation pourtant si prometteuse. Pour Paul Luckham, qui a épaulé le designer dans son travail, les raisons sont multiples : “En matière de mode, ce produit ne s’adresse pas à un grand nombre de personnes. Une personne ne peut pas se le pulvériser dans le dos par exemple. De plus, on trouve des vêtements à des prix très raisonnables aujourd’hui donc ça ne répond pas spécialement à un besoin. Les vêtements sont juste un moyen de promouvoir cette innovation. Les autres domaines comme la médecine ou l’automobile sont plus prometteurs. Manel travaille avec quelques entreprises pour ces applications. Il faut avouer que cela prend beaucoup de temps, mais selon moi il réussira.”

Il faudra donc encore s’armer de patience avant de voir ces sprays dans notre quotidien.

Par Camille Gicquel