Santé

"Quand je cours avec ma prothèse, j'ai l'impression de voler"

Émission du 13 février
Bilal Micheler n'a même pas 10 ans et pourtant déjà de passionnantes histoires à raconter. Né à Bamako puis adopté par Olivier et Katell Micheler, le jeune garçon, à qui il manque la partie inférieure de la jambe droite, en raison d’une agénésie, est un passionné d’handisport. De la première course au meeting de Charléty, retour sur l'ascension d’un enfant à la maturité saisissante.

Depuis quand portes-tu des prothèses ?

C'était lors de ma rentrée au CP, j'avais six ans. C'était la première fois que mes camarades voyaient une prothèse. Du coup, ils étaient craintifs. C’est normal, c’est la peur de ce que l’on ne connaît pas. Mais je m'attendais à bien pire. Très vite, lorsque je leur ai parlé de l'athlétisme, ils ont été contents pour moi. Même si parfois certains me lancent quelques remarques, mais ça reste très rare. Je suis très fier de mes prothèses et de pouvoir pratiquer l'athlétisme.

Comment as-tu découvert l'handisport ?

J’ai commencé par le judo. C’était un sport que j’aimais beaucoup et j’ai fait beaucoup de compétitions avec des enfants valides. Mon prothésiste, lui, est un coureur de marathon très impliqué dans le milieu handisport. Il m'a naturellement proposé d'essayer la course. J'ai été à la fois excité et un peu anxieux parce que j'allais courir pour la première fois. Et puis je me suis dit : "pourquoi pas ?". L'idée de courir m'avait toujours tenté. Il m'a emmené à un challenge handisport en Bretagne. N'ayant pas encore de prothèse à lame, j'y ai participé avec les prothèses que j’utilise au quotidien. Mais ça ne m'a pas empêché de terminer premier !

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Quelles ont été les retombées de ce premier succès ?

L'association Une Lame pour Courir, qui était présente au challenge, m’a remarquée. Son objectif est d'appareiller tous les enfants amputés qui souhaitent s'essayer à l'handisport. Son président, Jean-Luc Clémençon, nous a de suite contacté et fait part de son désir de m'équiper.

Quelles étaient les possibilités offertes par cet équipement ?

J'ai eu une première prothèse à lame, un peu plus faiblarde que celle que j’ai maintenant (Bilal court désormais avec une lame adulte ndlr). Mais avec elle, je pouvais enfin être à l'aise en courant. Peu de temps après, j'ai reçu un coup de fil de l'association Handisport Bretagne qui m'a annoncé que, compte tenu de ma première place au challenge, j'avais été automatiquement qualifié pour le Challenge National 2015, au stade Charléty.

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Te voilà donc parti pour une compétition d’envergure...

Oui, c’était vraiment bien. J’ai pu rencontrer Marie-Amélie le Fur ! C'est la première coureuse handisport française à avoir été championne du monde sur 200 m. Elle m'a donné sa médaille et m'a dit que je courais bien.

Souhaites-tu poursuivre dans cette
voie ?

Quand je cours avec ma prothèse, j'ai l'impression de voler. Mais, pour le moment, je pense ne continuer à pratiquer l’athlétisme qu’en tant que hobby.

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Propos recueillis par Mehdi Karam