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Prothèses bioniques, vers la fin du handicap ?

Les prothèses ne datent pas d’hier : au British Museum, à Londres, on peut découvrir une prothèse d’orteil égyptienne... vieille de 2 600 ans ! Mais jusque très récemment, les prothèses n’étaient encore que de pâles copies du membre perdu ne remplissant que très peu de ses fonctions. Grâce aux progrès de la modélisation médicale et de l’électromécanique, les prothèses bioniques sont en train de changer la donne. Elles ouvrent des perspectives révolutionnaires dans le traitement du handicap – voire l’augmentation des capacités humaines.

Des prothèses contrôlables par la pensée

 
Les prothèses myoélectriques s’attachent aux muscles qui restent accrochés au membre amputé. Leurs contractions sont mesurées par des électrodes qui envoient à la prothèse une série de signaux électriques, lesquels activent des moteurs placés dans la prothèse. Avec sa prothèse d’avant-bras Bebionic, rebaptisée « Terminator », Nigel Ackland peut lacer ses chaussures, distribuer des cartes ou arracher des ronces… des gestes apparemment anodins mais  impossibles avec des prothèses ordinaires.
 
 
 
Claudia Mitchell est la première femme équipée d’un bras bionique connecté à sa poitrine, qu’elle peut contrôler... par la pensée. Cet exploit est l’œuvre de l'Institut de Réhabilitation de Médecine de Chicago (RIC). Quand Claudia « imagine » qu’elle bouge sa main manquante, le cortex moteur de son cerveau envoie des signaux électriques le long de son épine dorsale jusqu’aux racines des nerfs du membre amputé, greffés sur sa poitrine. De là, des électrodes reçoivent ces signaux et les envoient à la prothèse.
 
 
 
Le contrôle par la pensée fonctionne aussi à distance. La main bionique de Pierpaolo Petruziello n’est reliée à son muscle que par des électrodes. Avec les équipes du campus Bio-Medico de Rome, il apprend à la bouger… par la force de sa concentration.
 
 
 
Aujourd’hui, des prothèses de jambes « intelligentes » obéissent également à la pensée de ceux qui les portent.
 
 
 

Au plus près de la réalité, et au-delà

 
Le projet LifeHand2, de l’équipe du campus Bio-Medico, a créé une main prosthétique permettant de recouvrer un certain sens du toucher. Des capteurs électriques placés au bout des doigts enregistrent des données (pression, température etc) et les retransmettent aux nerfs, recréant pour le patient des sensations de toucher.
 
 
 
« Vers la fin du handicap » ? C’est en tous cas le slogan du laboratoire de Biomechatronics au MIT Media Lab. Pour son directeur Hugh Herr, amputé de ses deux jambes à 18 ans suite à un accident d’escalade, le droit de ne pas être handicapé est fondamental et réalisable grâce aux prothèses bioniques, si l’on décide d’y mettre les moyens.
 
 
 
Aujourd’hui, il développe avec son équipe du MIT des jambes bioniques qui reproduisent au plus près les mouvements du corps, avec des peaux synthétiques et des matériaux intelligents et réactifs. Grâce à ses prothèses, une danseuse ayant perdu une jambe dans l’attentat de Boston du 15 avril 2013, peut aujourd’hui danser la rumba. Une prouesse impensable sans les avancées bioniques.
 
 
 
Pour Herr, les prothèses peuvent aussi augmenter les capacités humaines. Il s’est construit des prothèses dont il pouvait changer la hauteur à son gré, ou aux pieds hérissés de crampons pour monter facilement des murs de glace. « Nous entrons dans l’ère où des machines attachées à notre corps nous rendront plus forts et plus efficaces », annonce Herr. Il prédit que dans le futur nous porterons tous des exosquelettes, ne serait-ce que pour protéger nos genoux en faisant du jogging (voir à la minute 9'50 de son TEDTalk).
Ces prothèses bioniques fonctionnent si bien que nombre de soldats américains amputés peuvent retourner au front s’ils le souhaitent. Certains trouvent même leurs prothèses plus performantes que leur jambe de chair et d’os.
 
 
 
Aimee Mullins, championne paralympique et top model équipée de jambes de titane, est bien d’accord avec lui. Ses prothèses sont aussi des objets surréalistes et esthétiques : elle en possède 12 paires et avec des jambes de bois ou de panthères, elle a défilé pour Alexander MacQueen et joué dans les films de l’artiste Matthew Barney.
 
 
 
Très chères, ces prothèses se démocratisent (un peu) grâce à l’open source et l’impression 3D. Comme Nicolas Huchet, Paul McCarthy a créé pour son fils Leon une main artificielle, dont il a trouvé les plans sur Internet et qu’il a imprimée en 3D. Non seulement Leon peut attraper des objets et dessiner… mais ses copains trouvent sa main multicolore extrêmement cool.
 
En attendant, même les chiens peuvent aujourd’hui être équipés de pattes bioniques…