Santé

Prébiotiques, probiotiques et nutrithérapie : quand l’aliment devient médicament

Et si pour être en bonne santé, il suffisait de surveiller notre assiette ? Les probiotiques et prébiotiques qui se trouvent dans de nombreux aliments, permettent de protéger notre estomac parfois fragile, en restaurant notre flore intestinale. Entretien avec Elodie Sentenac, diététicienne-nutritionniste, spécialiste de la nutrithérapie.

Elodie Sentenac est diététicienne-nutritionniste depuis 2005. Elle travaille actuellement dans un établissement de santé de la région toulousaine, où elle soigne par nutri-thérapie des patients ayant subi une opération de chirurgie digestive, souffrant d’obésité ou atteints d’un cancer et traités par chimiothérapie. Elle a été formée aux soins par les nutriments par le laboratoire français NUTERGIA, avec qui elle collabore régulièrement depuis.

Son livre, Le guide de la chirurgie de l’obésité, co-écrit avec Magali Walkowicz, a été publié en mars 2014 chez Thierry Souccar Editions.

La nutrithérapie est le fait de soigner les patients par les nutriments : minéraux, oligo-éléments, prébiotiques, probiotiques...

 

Microbiotique, prébiotique, probiotique : comment s’y retrouver ?

Ce sont trois choses très différentes.

 

Le microbiote désigne la flore intestinale, c’est-à-dire l’ensemble des micro-organismes vivant dans l'intestin grêle et le colon (environ 100 000 milliards). 

Les probiotiques sont des micro-organismes vivants présents dans la flore intestinale et qui stimulent le système immunitaire. Ce sont des levures, des virus ou des bactéries qui renforcent l’immunité quand elle est faible. Pour qu’ils soient efficaces, les probiotiques doivent être ingérés en quantité suffisante et doivent résister à l’acidité gastrique de l’estomac. 

Boire de la chicorée le matin est donc un bon moyen d’ingérer des prébiotiques !

Les prébiotiques, eux, sont un ensemble de fibres consituées de glucides complexes qui nourrissent la flore intestinale. Pour être efficace, il faut un apport en fibre qui doit être de 30 grammes / personne / jour. Il y a plusieurs catégories de prébiotiques qu’on trouve dans différents aliments. Par exemple, l’inuline se trouve dans l’artichaut, l’ail, l’asperge, le topinambour, la banane ou la racine de la chicorée. Boire de la chicorée le matin est donc un bon moyen d’ingérer des prébiotiques ! La pectine, elle, est une fibre soluble qui se trouve dans tous les fruits dont on peut faire de la gelée : pomme, groseille, coing, agrumes…

 

Lorsque notre flore intestinale est dégradée, l’idéal est de commencer par prendre des probiotiques, pour réparer la flore, pour la “réensemencer”. Une fois que la flore est réparée, on peut passer aux prébiotiques, qui se trouvent dans les aliments, pour nourrir cette flore et l’entretenir.

 

Est-il devenu plus important aujourd’hui de prendre des probiotiques et des prébiotiques ?

C’est à cause de notre mode de vie ! Aujourd’hui, nos organismes sont malmenés à cause de nos conditions de vie : le stress, la pollution environnementale, mais aussi l’alimentation. En effet, nous consommons de plus en plus d’aliments “raffinés”, qui comportent moins de fibres, moins de minéraux, moins d’oligo-éléments… Notre corps est donc moins bien approvisionné.

Nous avons perdu en qualité dans notre alimentation : c’est pour cela que je ne suis pas très amie avec les industries agro-alimentaires. Elles ont contribué à un certain appauvrissement de notre alimentation. Cette industrie propose des aliments élaborés, toujours plus traités, toujours plus manipulés ou des plats remaniés : on perd complètement les bienfaits des aliments. Nous avons au contraire besoin de manger des aliments originels, sans additifs ! Essayer au maximum de consommer des produits locaux et bio serait une première piste pour retrouver cette qualité. Ou de cultiver soi-même ses fruits et légumes selon les saisons quand c’est possible !

 

La prise de prébiotiques et de probiotiques est-elle conseillée à tout le monde ?

Les antiobiotiques ont des conséquences désastreuses sur la flore !

Ça ne peut pas faire de mal. Nous sommes tous à un moment de notre vie confrontés à des problèmes de flore intestinale, dans notre vie quotidienne. Les antibiotiques, par exemple, ont des conséquences désastreuses sur la flore ! Ces antibiotiques détruisent le “cocktail bactérien”, y compris les “bonnes” bactéries : les bactéries pathogènes, qui en temps normal sont en faible quantité, peuvent alors prendre le dessus et coloniser toute la flore. Quand le traitement antibiotique est terminé, il faudrait dans l’idéal enchaîner sur un traitement probiotique, puis sur un traitement prébiotique pour réparer la flore.

 

 

A l’inverse, quels sont les aliments à éviter si on souhaite améliorer notre flore intestinale perturbée ?

Il ne faut se priver d’aucun aliment. Ce n’est pas parce qu’on ne digère pas certains aliments qu’il faut les enlever de notre alimentation ! Il faut simplement éduquer notre flore intestinale, il faut la travailler.

 

On dit que le côlon serait notre deuxième cerveau. Comment expliquer cela ?

Les émotions passent par notre cerveau, certes, mais aussi par notre corps et donc par les intestins.

Le tube digestif a une fonction très importante au niveau de nos émotions et de nos ressentis. Il est prouvé qu’il a une grande fonction immunitaire au niveau intestinal. Mes patients ont des troubles digestifs, à cause de leur flore, mais aussi car ils connaissent des émotions difficiles…Tout est lié ! Beaucoup de patients, suite à un décès ou à la perte d’un travail, se retrouvent à avoir des problèmes de constipation, des douleurs, des difficultés à manger, des problèmes de satiété. L’émotion négative peut se porter sur l’intestin. Les émotions passent par notre cerveau, certes, mais aussi par notre corps et donc par les intestins.

De même, dans certaines allergies, comme le rhume des foins (rhinites allergiques), on peut soigner les patients en refaisant leur flore intestinale, en supplémentant leur alimentation en prébiotiques et probiotiques, même si les résultats peuvent mettre longtemps à apparaître.

 

La nutrithérapie a-t-elle fait ses preuves ?

Bien entendu, je fais faire des cures à mes patients, et j’en fais personnellement sur toute l’année : il n’y a pas d’effet placebo ! La nutri-thérapie apporte un bien-être non négligeable. Je souhaiterais d’ailleurs que cette discipline soit reconnue médicalement : pour l’instant, il existe des formations, mais pas de vrai diplôme. De plus, certains professionnels de santé comme les pharmaciens, les kinésithérapeutes, les ostéopathes commencent de plus en plus à s’ouvrir à la nutrithérapie, à lui reconnaître de réels bienfaits.

 

- Les recettes à base de prébiotiques d'Elodie Sentenac -

 

RECETTE SUCREE : Compote pomme/banane/coing                 

(Pour 2 personnes)

Il vous faudra : 2 pommes golden, 1 coing, 1 banane, 1 c à café de cannelle, 1 c à café d’extrait de vanille naturelle

Bien laver les fruits avant de les peler (sauf la banane). Coupez-les en cubes. Mettez le coing à cuire 10 à 15 min à la vapeur (cuit-vapeur ou cocotte) et les pommes et la banane dans une casserole à feu doux avec un peu d’eau au fond. Une fois le coing cuit, mélangez-le au reste dans la casserole. Rajoutez la cannelle et la vanille. Servez tiède ou froid, passé au Blender (pour obtenir un texture lisse) ou juste écrasé à la fourchette.

 

RECETTE SALEE : Quinoa et artichaut façon risotto

(Pour 2 personnes)

Il vous faudra : 2 artichaut moyens,  2 oignons, 100g de quinoa cru (= 1 volume), 1 c à soupe d’huile d’olive, sel, poivre, 2 volumes d’eau (repère pris par rapport au quinoa).

Laver les artichauts et les cuire 10 min à la vapeur. Peler et émincer les oignons (possibilité de les acheter surgelés pour gagner du temps). Dans un faitout, mettre l’huile à chauffer doucement et ajouter les oignons.  Quand ils sont dorés, rajouter le quinoa et laisser cuire quelques instant en remuant bien, jusqu’à  ce qu’il devienne translucide. Ajouter 2 volumes d’eau. Saler, poivrer et laisser cuire 15 à 20 min selon la texture souhaitée (grains plus ou moins fermes). A mi-cuisson, rajouter les artichauts pour qu’ils se fondent dans le mélange. Servir chaud.
Cette recette végétarienne peut être servie comme plat unique et peut être agrémentée de sauce tomate, de vin blanc (additionné à l’eau) ou, si vous n’êtes pas végétarien, de bouillon de volaille dégraissé (pour aromatiser l’eau), de lardons, de dés de jambon ou de poulet. L’artichaut est très riche en fibres, notamment en inuline, qui est un prébiotique.

 

Propos recueillis par Claire Duizabo