Culture numérique

Mapping : repenser le visage humain grâce aux nouvelles technologies

En 2014, le projet OMOTE de l’artiste Nobumichi Asai faisait le tour du Web. On y voyait le visage d’une femme modifié par un mapping vidéo, cette technique régulièrement utilisée pour animer les façades de certains bâtiments. Un mois plus tard, le Japonais récidivait en habillant cette fois-ci le visage de deux hommes. Le mapping fait-il aujourd’hui de l’Homme un cyborg ?

Techniquement, le mapping est une projection lumineuse multimédia sur un volume dont les images épousent les reliefs. Cette technique est régulièrement utilisée ces dernières années pour animer ou réinventer un objet ou un monument. Nobumichi Asai a lui, décidé d’appliquer le procédé sur un visage humain. L’objectif : changer le monde présent en abolissant la frontière entre l’Homme et la machine.

Dans votre projet Omote, vous traquez en temps-réel à l’aide de capteur les différents mouvements d’un visage féminin, pour l’habiller virtuellement. Comment procédez-vous ?

Je projette une vidéo sur le visage du sujet  tout en traquant ses mouvements pour que l’image reste parfaite en raccord avec la figure. Je m’occupe de la conception des images et de la direction technique. Mais je ne suis pas seul dans ce projet. Je suis épaulé par un maquilleur, des programmeurs et des spécialistes d’effets spéciaux, ce qui me permet de franchir les barrières de deux milieux différents : l’art et la technologie. J’ai le sentiment de pouvoir explorer au maximum la notion d’expression artistique.

Combien de temps de travail demande la réalisation d’une projection mapping de deux minutes ?

Environ six mois, car chaque membre de l’équipe avait d’autres projets en cours. Nous n’avions pas d’échéance, du coup nous avons pris notre temps afin de présenter un projet aussi poussé que possible. Ce qui a pris le plus de temps, c’est de créer une symbiose entre nos différents univers.

Pourquoi vouloir animer le visage humain ? En avons-nous besoin ?

Le visage est la vitrine de l’âme et de nos émotions. Il ne s’agit pas de le réinventer, mais de le voir différemment grâce à de nouveaux outils. Après tout, nos vies et notre vécu y sont gravés.
Nobumichi Asai

La raison pour laquelle le projet OMOTE a connu un tel succès (plusieurs millions de vues sur les plateformes vidéos, ndlr), c’est parce qu’il démontre tout le potentiel expressif du visage de l’Homme grâce aux nouvelles technologies. C’est la vitrine de l’âme et de nos émotions. Il ne s’agit pas de le réinventer, mais de le voir différemment grâce à de nouveaux outils. Après tout, nos vies et notre vécu sont gravées sur notre visage. Le très populaire photographe japonais Nobuyoshi Araki a un jour dit que “le visage humain était l’ultime nudité.” En partant de ce principe, je me suis dit que de contrôler le visage humain serait un moyen pour moi d’exprimer des messages uniques. Il n’est d’ailleurs pas anodin que le maquillage soit apparu très peu de temps après le début de l’humanité : il permet de faire ressortir les émotions et de les communiquer silencieusement. OMOTE, finalement, n’est que maquillage.

Quels sont vos futurs projets ?

Conclure OMOTE. Selon moi, le projet n’a pas encore exploité toutes ses capacités en termes d’expressions faciales. Je veux encore pousser le dialogue visuel. Ensuite, je compte explorer les milieux de la réalité virtuelle ainsi que les hologrammes 3D, qui offrent eux aussi d’autres possibilités novatrices.

Le mapping vous fascine ? Pour retrouver notre reportage, c’est par ici.

 

Propos recueillis par Mehdi Karam