Énergie

Health Map : ces algorithmes qui repèrent les épidémies avant les autorités

Émission du 20 février 2016
Plusieurs jours avant que l’Organisation Mondiale de la Santé n’ait décrété officiellement l’apparition de l’épidémie d’Ebola, un autre organisme avait repéré les premiers signes de propagation de la maladie : Health Map. Développé au sein du Children’s hospital de Boston, ce projet qui fête cette année ses 10 ans, recoupe des données venues du monde entier afin d’identifier les foyers d’apparition d’épidémie. Rencontre avec Colleen Nguyen, coordinatrice du projet.

Identifier les signaux alarmants en ligne

Depuis maintenant 3 ans, la jeune femme se passionne pour la collecte de données de santé dans le monde entier. « Nous disposons de plusieurs algorithmes qui scrutent le web afin d’identifier des informations pertinentes, explique la jeune femme. Les articles référencés par les moteurs de recherche, les tweets, les publications Facebook, les rapports issus des ministères et même Reddit… Tout y passe pour identifier des signaux alarmants. » 

Nous disposons de plusieurs algorithmes qui scrutent le web afin d’identifier des informations pertinentes.
Colleen Nguyen - Coordinatrice Health Map

Un travail titanesque mené par des machines qui recoupent toutes les informations trouvées et dont les capacités de calculs se précisent de jour en jour. « Les algorithmes ne se contentent pas d’analyser des milliers de pages web, ajoute Colleen. Pour que les résultats qui en ressortent soient pertinents, nous leur spécifions certaines conditions qui seraient propices à l’apparition de maladies. Cela nous permet de capter des données informelles et ce n’est pas si simple, c’est un brouhaha constant sur les réseaux sociaux ! »

Ebola repéré « plusieurs semaines avant le circuit d’alerte traditionnel »

Le calcul informatique ne fait toutefois pas tout. Une quinzaine d’analystes multilingues spécialisés en biologie se relaient quotidiennement pour étudier les informations rassemblées sur la carte. « Il se trouve que je parle couramment vietnamien, raconte Colleen. Je me concentre donc sur les données issues de ce pays, comme le nombre de personnes qui sont mortes dans une ère géographique déterminée par exemple. Ensuite, je juge de la crédibilité d’une potentielle épidémie. »

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Selon Colleen, le cas d’Ebola est emblématique du travail réalisé par Health Map : « l’un de nos analystes travaillant sur la Guinée avait fait remonter une vingtaine de cas de fièvre hémorragique suivie de morts suspectes dans un village. Ces informations, principalement issues d’articles, ont mis plusieurs semaines à remonter dans le circuit d’alerte ‘traditionnel’ ». 

Notre méthode nous permet d’alerter les différentes autorités de santé beaucoup plus tôt que les circuits d'information traditionnels.
Colleen Nguyen - Coordinatrice Health Map

Car en temps normal ce sont les médecins, après avoir constaté les symptômes sur les patients malades, qui relaient les informations aux autorités régionales, qui les communiquent ensuite au niveau national puis international. « Notre méthode nous permet d’alerter les différentes autorités de santé beaucoup plus tôt, pour tenter d’enrayer la propagation des maladies tant qu’il en est encore temps. Nous nous reposons aussi sur un réseau international de partenaires très efficaces. Actuellement, nous sommes en train de guetter ce qui se passe avec le virus Zika. »

Prédire la propagation des maladies ? 

Prochaine étape pour les analystes : « l’apprentissage statistique » (aussi appelé machine learning) afin de prédire la propagation des maladies. « Nous travaillons dessus depuis très longtemps. Nous avons identifié des tendances dans les données rassemblées avant qu’une maladie ne se déclare. Aujourd’hui, nous arrivons déjà à prédire où se répandra la grippe saisonnière ! ». 

Et c’est sur l’intelligence collective des internautes que Health Map compte aussi se développer : « Nous cherchons à mobiliser un maximum de gens avec notre application Outbreak near me, pour qu’ils nous fassent directement remonter les informations qu’ils jugent pertinentes. Chacun peut participer à son échelle à la lutte contre les épidémies. » 

 

Par Camille Gicquel

Carte par Health Map / Photo par Army Medicine licence CC BY 2.0 via Flickr