Urbanisme

Éco-conception : l’avenir est-il dans le pré ?

Émission du 11 juin 2016
Bois, chanvre, miscanthus… Les matériaux issus de la biomasse s’attirent de plus en plus les faveurs des constructeurs. Et parmi eux, la paille (essentiellement celle de blé) rencontre un franc succès. Retour sur ce matériau, finalement pas si nouveau.

Recyclable et peu onéreuse, la paille affiche également un impact environnemental négatif : en poussant, elle absorbe une grande quantité de CO2. Autre avantage : à la différence d’autres matériaux biosourcés, elle n’impose pas de déplacer les cultures vivrières, puisqu’elle constitue un résidu de la chaîne de production agricole.

Si l’on semble (re)découvrir ses vertus aujourd’hui, elle n’est pourtant pas nouvelle dans la liste des matériaux de construction. Depuis près de 130 ans, elle est utilisée pour bâtir les murs de différents édifices : suite à l’apparition des botteleuses (machine permettant de faire les bottes de paille) en 1886 aux États-Unis, les premiers bâtiments mobilisant ce matériau sont progressivement sortis de terre. En Europe, la maison Feuillette construite en 1920 et toujours en parfait état, fait figure d’exemple avec ses murs en bottes de paille, intégrées au sein d’une ossature en bois.

maison_feuillette_montage-5306.jpg

Maisons en paille : la France en tête de fil sur le continent européen

La paille a donc tout pour séduire et ce sont les constructeurs, de plus en plus soucieux (ou contraints) de respecter les normes environnementales, tout en réduisant leurs coûts, qui s’y intéressent : maisons individuelles, immeubles ou même hangars industriels, les chantiers se multiplient. Et pour cause, aujourd’hui, ce matériau biosourcé permet de réduire l'usage du ciment, du verre ou de l'acier, dont la fabrication émet énormément de CO2. En Europe, c’est l’Hexagone qui présente le marché le plus dynamique : le réseau français de la construction de paille estime à 5 000 à ce jour le nombre de bâtiments construits en bottes de paille dans le pays.

Des factures réduites jusqu’ici 90%

Au Royaume-Uni, le département d’architecture et d’ingénierie civile de l’Université de Bath mène depuis plusieurs années de nombreuses études afin de prouver l’efficacité de la paille dans la construction des habitations. Leur objectif : permettre aux particuliers de débloquer des crédits pour financer leurs constructions et ainsi valoriser les 7 millions de tonnes de paille qui restent inutilisées dans le pays après la production de la farine de blé chaque année.

capture_decran_2016-06-09_a_15.36.22.png

Dans une étude menée sur 7 maisons construites dans la ville de Bristol, à partir de panneaux préfabriqués en bois remplis de paille, les chercheurs ont pu démontrer que ces habitations étaient trois fois plus isolantes que celles répondant aux réglementations classiques du pays. Un résultat impressionnant qui se ressent également dans le porte-monnaie : l’équipe affirme que ces constructions permettent de réduire jusqu’à 90% les factures de chauffage.

capture_decran_2016-06-09_a_15.35.51.png

L’équipe de l’Université s’est également évertuée à prouver la résistance du végétal face au feu et au vent. Et les résultats se sont montrés concluants : « La paille s’est révélée finalement plus résistante que bien d’autres formes modernes de construction » ajoute le Pr.Walker dans une vidéo réalisée par l’Université.

Alors convaincu ? Pour découvrir en détail ce que vaut la paille par rapport à la brique et au bois, c’est ici, dans notre infographie.


 

Par Camille Gicquel

Crédits photos :

Straw rolls, photo par Susanne Nilsson, licence CC BY-SA 2.0

Maison feuillette, Fondation-patrimoine.org 

Captures d’écran Vimeo.org