Communication d’urgence : les objets connectés garantissent-t-ils la vie privée des enfants ?

Émission du 20 février
GPS, géolocalisation, tracking : ces outils connaissent un fort succès depuis plusieurs années. La tendance concerne aussi les enfants et pour cause, certains parents décident d’équiper leurs petites têtes blondes de bracelets connectés permettant de signaler une situation dangereuse à l’aide d’un bouton SOS. Mais un aspect sous-jacent de ces technologies divise encore les opinions, car au poignet des enfants, le tracking pour la sécurité prend des allures d'intrusion.

Le débat ne date pas d’hier : les balises de localisation ou les boutons d'alarme pour avertir les parents en cas de danger avaient déjà, en leur temps, fait polémique". La controverse à laquelle fait référence Nicolas Mourier, consultant spécialisé entre autre dans les objets connectés, est celle de l’ultra-surveillance.

Les montres de la discorde

Un exemple concret ? Les montres destinées aux enfants de 5 à 12 ans, que l’on trouve désormais sur le marché des objets connectés. Au poignet, l’enfant dispose ainsi d’un bouton d’appel en cas d’urgence. Équipées de traceurs GPS, ces montres informent en temps réel les parents de la localisation de leur progéniture. Des notifications sont même souvent programmables pour leur annoncer l’arrivée à bon port du chérubin. Ces montres peuvent aussi généralement recevoir des appels de numéros pré-sélectionnés et enregistrés en favoris. 

Un objet d’apparence rassurante donc, mais qui peut également faire craindre quelques dérives. “L’article 6 de la loi informatique et liberté affirme que la surveillance des enfants ne doit pas être réalisée pour des finalités excessives, rappelle la CNIL, c'est-à-dire pas de manière disproportionnée par rapport à l’objectif de cette surveillance.” De quoi questionner quelque peu l’usage de certains de ces objets connectés.

La vie privée des enfants en ligne de mire

"Il n’y a rien de choquant à voir apparaître de tels objets, affirme Nicolas Mourier. C'est tout simplement dans l'air du temps. Il y a 20 ans, nos parents nous disaient toujours de garder une pièce dans la poche. Comme ça, en cas de danger, nous pouvions les joindre." 

Les objets connectés pour les enfants sont dans l'air du temps. Il y a 20 ans, nos parents nous disaient toujours de garder une pièce dans la poche pour pouvoir les appeler en cas de problème.
Nicolas Mourier - Consultant en objets connectés

Il est donc logique, selon lui, que les jeunes publics soient de plus en plus visés par ce type de produit : “Les jeunes enfants n’ont pas de téléphone. Cet objet n’est donc qu’un moyen plus enfantin de remplir les fonctionnalités essentielles d’un smartphone : géolocalisation et appel en cas d’urgence. La question est : quand on équipe un enfant avec cet objet, est-il fliqué en permanence ?” 

À ce sujet, la loi est intransigeante comme le précise la CNIL : “Chez l’enfant, le consentement incombe aux responsables légaux. La collecte (de données géographiques, ndlr) ne doit pas être permanente. Quant à la conservation des données, elle ne doit l’être que pour le service rendu, soit peu de temps après le temps réel.” C’est donc de la protection de la vie privée des enfants qu’il est question.  

Mais comment s’assurer que les parents et même les opérateurs, n’abusent pas du stockage des données personnelles des enfants ? Une question chère à la CNIL, qui se penche depuis près d’une dizaine d’années sur le sujet. Et pour cause, les autorités sont en droit de s’inquiéter. 

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VTECH piraté, des enfants en danger

En novembre 2015, c'est un constructeur de jouets électroniques et d'applications pour enfants, VTECH, qui était victime d’un important piratage informatique. Outre les coordonnées des adultes, des informations concernant les enfants ont été dérobées, notamment les noms, les genres et les dates d’anniversaire conservés par l’entreprise

Des données qui, une fois recoupées, permettent de facilement trouver l’adresse postale d’un enfant. Pire encore, comme le précise la CNIL, “dans le cas de la société VTECH, le profil des parents et des enfants apparaît très détaillé, et il semble que le système de messagerie instantanée intégré aux jouets ait conservé des données datant pourtant de plus d’un an…”. Curieux, pour des informations censées être supprimées en temps réel…

Comment utiliser un objet connecté sans s’exposer ?

Pour s’assurer du bon respect de la loi, la CNIL a formulé plusieurs recommandations. Une liste adressée aux parents souligne la nécessité de garder un œil sur l’objet connecté utilisé. Car s’il appartient à l’enfant, il ne peut en être le seul « responsable » de son utilisation. Aussi, il est conseillé de toujours utiliser un pseudonyme, afin d’éviter que les données collectées ne soient affiliées directement à une identité. La CNIL a également pris la tête du collectif EDUCNUM, qui mène des actions afin de favoriser une meilleure sensibilisation des plus jeunes.

Des préconisations de plus en plus indispensables puisque selon le cabinet Gartner, nous compterons 30 milliards d’objets connectés en 2020.

 


Par Mehdi Karam

Crédits photos : Waiting for school par State Farm Licence CC by 2.0 via Flickr / Child screen time par r. nial bradshaw licence CC BY 2.0