Culture numérique

C’est Déjà Demain #54 : Open data, bientôt un service public des données ?

Sur la table des législateurs français cette semaine : la loi pour une République numérique proposée par la secrétaire d’État Axelle Lemaire. Au cœur du texte, la question de l’ouverture des données publiques (open data). L’occasion pour FUTUREMAG de se pencher sur certaines des innovations les plus prometteuses proposées par des start-ups du monde entier, parce qu’aujourd’hui, c’est déjà demain.

L’objectif de cette loi pour une République numérique : créer un véritable service public des données, en rendant leurs publications obligatoires de manière anonyme et accessible à un maximum de personnes. Une ambition forte, mais qui ne manque pas de susciter – à juste titre - de nombreux commentaires dans l’Hexagone : absence des interfaces numériques (API) permettant aux différents acteurs de l’économie numérique de demander ou de fournir des données en temps réel, ou encore la trop libre définition de « données publiques fournies » sont des limites substantielles au texte, comme le rappelait Le Monde. Si elle est donc perfectible, l’initiative est malgré tout suffisamment forte pour être remarquée.

Dans tous les projets que nous avons développés, nous utilisions des données privées, mais très vite nous nous sommes rendus compte de tout ce que l’on pouvait faire en plus avec l’open data.
Rand Hindi - Fondateur de :Snips

Car comme nous l’expliquions dans l’un de nos reportages, le potentiel de l’utilisation des données est particulièrement fort en termes d’innovation et les données publiques issues des administrations jouent un rôle clé. C’est ce que rappelait Rand Hindi, fondateur de la petite entreprise spécialisée en intelligence artificielle :Snips lors du Data Day organisé par Bercy le 12 janvier dernier : « Dans tous les projets que nous avons développés, nous utilisions des données privées, mais très vite nous nous sommes rendus compte de tout ce que l’on pouvait faire en plus avec l’open data ». Parmi les projets phares qui ont permis à la start-up de se faire remarquer, on rappellera par exemple Tranquilien, l’application qui prédit le remplissage des trains du réseau Transilien.

En prévision du débat parlementaire sur cette loi, qui s’ouvre ce mardi 19 janvier, FUTUREMAG vous propose un petit tour d’horizon de quelques innovations marquantes en matière d’open data dans le monde. De quoi inspirer quelques start-ups et qui sait, peut-être même les élus !

Ovass : les données publiques au service des agriculteurs

Sélectionné parmi les finalistes du concours DataStart program, lancé entre autres par le gouvernement australien, Ovass propose aux agriculteurs un système innovant de gestion de leurs cultures. À l’aide d’une série de capteurs installés aussi bien dans le sol que sur les équipements, comme les tracteurs par exemple, la start-up est capable de collecter toute une série de données utiles à l’usager. Recoupées à certaines données publiques à l’instar des informations météorologiques par exemple, le service est capable d’informer en temps réel les agriculteurs des besoins de leurs terres.

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:Snips : la prédiction de l’ensoleillement dans les rues parisiennes

Depuis l’application Tranquilien, :Snips n’a cessé d’innover et de proposer des services nouveaux tout en mobilisant les données publiques. Parmi eux : SunTherapy, un algorithme capable de prédire l’ensoleillement des rues et des cafés à Paris, à seulement quelques mètres près. Pour ce faire, la start-up prend en compte la géolocalisation de l’utilisateur ainsi que des données relatives à l’architecture de différents bâtiments. À vos lunettes noires donc, la terrasse la plus ensoleillée est peut-être à quelques pas de chez vous !

Autre projet particulièrement intéressant développé par :Snips : RiskContext, un algorithme qui évalue le potentiel de risques de collision entre une voiture et un vélo selon différentes données telles que le trafic, la météo, la topologie des rues ou encore la proximité d’un bar par exemple.

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FragDenStaat.de : le portail pour faire respecter le droit à la liberté d’information en Allemagne

Si l’Allemagne, qui entretient une forte culture de protection de la vie privée, n’a pas encore rejoint l’Open governement partnership (OGP) et était le dernier membre du G8 à fournir des éléments afin de compléter la Charte pour l’Ouverture des données publiques, certains acteurs du pays ont lancé des projets ambitieux, à l’image de l’Open Knowledge Foundation (OKF). Avec la plateforme FragDenStaat.de, l’association permet aux Allemands de formuler directement leurs demandes aux administrations afin d’obtenir les données publiques dont ils ont besoin dans la réalisation de leurs projets. Les requêtes qui ont abouti sont ensuite listées, de même que celles qui sont rejetées. La transparence totale est de mise, donc.

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Fluicity : pour co-construire l’espace public

« Google nous connaît bien : on est plus proches de cette société que de nos représentants politiques. Ce n'est pas normal »
Julie de Pimodan - Fluicity

« Google nous connaît bien : on est plus proches de cette société que de nos représentants politiques. Ce n'est pas normal » c’est de ce constat, après avoir travaillé pour la multinationale américaine, que Julie de Pimodan est partie en créant Fluicity. L’application d’innovation citoyenne met à disposition des utilisateurs un fil d’actualité dynamique qui transmet de l’information hyper-locale en fonction des centres d’intérêt. L’actualité est enrichie par différents acteurs dont la Mairie, des acteurs privés, des associations, des médias locaux et tout membre actif de la société civile.

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Par Camille Gicquel

Crédits photos : Open par Opensource.com, via Flickr, licence CC BY-SA 2.0 / Paris, par Rodrigo Paredes, licence CC BY 2.0 via Flickr