Episode #7

Putain d’arbitre : Sea, sex and foot

VOST
Trois ans avant Ballers, HBO avait déjà lancé une série sur le sport. Le Brésil, le football... Filho da Puta (Putain d’arbitre ! en VF) est étrangement parvenu à être plus qu’un chapelet de clichés.
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Illustration de Gwladys Morey
Le football est absolument partout dans la série Putain d’arbitre !

L’épisode pilote commence par un impressionnant travelling aérien, qui survole un stade de foot bondé et survolté. On se rapproche du rectangle vert, progressivement, jusqu’à comprendre qu’il s’agit d’un match à l’importance cruciale. Surprise : au coup de sifflet final, les deux équipes se figent, aucune n’exprime de joie particulière et c’est l’arbitre, contre toute attente, qui est porté en triomphe. On le comprendra vite, il ne s’agissait que d’un rêve du personnage principal, Juarez, arbitre régional brésilien intègre d’une quarantaine d’années. Sa vie privée chaotique – après avoir trompé sa femme et perdu la garde de son enfant, il est contraint de retourner vivre chez sa mère - ne l’empêche pas d’être bientôt sélectionné pour arbitrer la prestigieuse Copa Libertadores.

De fait, le football est absolument partout dans Putain d’arbitre ! : en songes, mais aussi à la télé, sur le terrain, depuis les tribunes et même en jeu vidéo. Omniprésent à l’écran, il est également sur toutes les lèvres, dans toutes les discussions, à la moindre occasion.

Exportation. Comment expliquer cette surabondance ? S’agit-il d’un projet porté par un showrunner passionné par les coulisses du ballon rond, tout simplement, ou d’un pion stratégique avancé par les pontes de l’antenne latine de HBO ? Un peu des deux, en réalité : au début des années 1990, HBO décide de s’internationaliser et d’inonder de nouveaux marchés porteurs, au premier rang desquels l’Amérique du Sud. Le continent asiatique suit de très près, en 1992, et le reste ne tardera pas. La logique d’exportation est transparente, il s’agit de combiner le « label qualité » HBO aux spécificités locales. Et aux alentours des années 2010, le cocktail explosif prisé de la chaîne est celui-ci : une réalisation au cordeau pour se démarquer, des gros moyens, du sexe frontal et une violence physique et/ou symbolique débridée, pour schématiser. Putain d’arbitre ! suit cette recette à la lettre, en y ajoutant une grosse louche de football, donc, pour s’assurer une audience minimale au pays de Neymar. D’autres séries HBO Latina se concentrent, en procédant de la même logique, sur la prostitution, le commerce illégal qui gangrène les plages de Rio (Preamar) ou la criminalité (Prófugos, Capadocia, Mandrake, Epitafios).

Clichés. Une question se pose tout de même, entre les lignes. Une question de fond, qui a dû soulever quelques débats dans les locaux de la chaîne câblée new-yorkaise : en s’exportant ainsi, sans nécessairement maîtriser les codes des régions ciblées, ne risque-t-on pas de perdre les fondamentaux qui ont fait le succès de la maison-mère ? De verser dans le cliché ? Avec une démarche similaire, Netflix s’est d’ailleurs fourvoyé, dès la première scène de l’épisode pilote de Marseille, en filmant une Marseillaise reprise en cœur dans les tribunes du Vélodrome – chose impensable aux yeux de quiconque connaît un tant soit peu la ville et ses habitants.

Comme d’habitude avec HBO, il y a plus que ce que le sujet donne à voir au premier abord

Vecteur. Pour contourner les potentielles embûches, les créateurs de Putain d’arbitre ! recourent à une idée géniale, finalement totalement étiquetée HBO : les frasques du personnage principal n’auront jamais le football pour seule et unique finalité. Le sport ne sera qu’un vecteur, une courroie de transmission pour tacler frontalement une somme d’enjeux sociétaux qui agitent le Brésil : la corruption des institutions, le racisme, la misogynie ou l’homophobie. Comme d’habitude avec HBO, il y a plus que ce que le sujet donne à voir au premier abord. Comme d’habitude avec HBO, les thèmes cruciaux sont abordés en sous-main, par le biais d’une porte d’entrée ultra-populaire. Intelligence marketing doublée d’une grande malice dans l’écriture qui permet d’abord de révolutionner le champ télévisuel chez soi, avant de l’exporter tout en s’adaptant aux régions ciblées : définitivement, « it’s not TV, it’s HBO ».

Axel Cadieux - Illustration de Gwladys Morey pour Episode